En l’absurde liesse

Publié le par Lionel Droitecour

Pieter Brueghel l'Ancien (vers 1525-1569) La chute des anges rebelles, détail

Pieter Brueghel l'Ancien (vers 1525-1569) La chute des anges rebelles, détail

L’année qui se termine a vu sonner mon glas.
Cancer, ombre portée au beffroi d’infortune,
Impavide en mon sein, dans l’heure solennelle,
Qui pénètre mon âme et grignote ma vie.

L’avenir est un lieu dont je n’ai plus envie,
Le présent seul me tient, en sa fuite mortelle,
Seuil mouvant sous mes pas que la fugue importune,
Battue d’un cœur forclos en de sombres éclats.

Adieu l’insouciance où l’espérance est morte,
La vigie n’est, déjà, que l’aplomb de ma veille,
En l’horizon trompeur il n’est plus même une ile,
Le voyage est le seul résultat de l’errance.

Sillage en ce limon où meurt notre fragrance,
Penser sa finitude à tout prendre est facile,
Je ne suis la promesse où s’invente la treille,
Si le vin est tiré, la vendange n’importe.

Reste la part de l’ange en la futile espèce,
Un chant peut-être encor en l’air fluide et léger :
Puisqu’il faut disparaître au moins soyons bravache
Et tentons de sourire en l’illusion des sens.

Quand seront dissipées les volutes d’encens,
Que le silence, enfin, viendra clore la tâche,
Et lorsque dans le vide il nous faudra siéger
Alors, libres serons de l’absurde liesse.

décembre 2014

Publié dans Fongus

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Avisferrum 20/05/2015 10:10

Encore un très beau texte sur l'impermanence de nos existences et l'impuissance humaine devant la maladie et la mort...
Thème récurrent dans tes poèmes, qui à chaque fois tentent (entre autre) de nous rappeler l'essentiel, à savoir : un jour, proche ou lointain, notre petite existence arrivera à son terme, la Camarde viendra nous chercher et il n'y aura rien à négocier, rien à emmener de ce qui fut notre vie matérielle.
Restera-t-il au moins une part de notre personnalité, notre âme ?
Cette question j'y aurais répondu avec aplomb par l'affirmative, il y a quelques mois encore, désormais je crois qu'au fond je n'en sais rien, mais bizarrement, loin de susciter en moi de l'angoisse et des doutes, cette incertitude me laisse serein et en paix, comme si quelque chose en moi avait réalisé que cette existence terrestre n'est de toutes façons qu'une sorte de rêve dont je vais me réveiller un jour.
Ou plutôt : dont quelque chose va se réveiller un jour, car ce ne sera assurément pas "je", ce jeu-là sera terminé pour de bon, et ce sera très bien ainsi.
Mais je sais que rien n'est figé, surtout pas nos états intérieurs, la vérité d'un jour n'est pas celle de demain, ce ressenti peut - et va - encore évoluer, comme tu l'écris si bien la maladie majeure est un facteur puissant de changement et seul celui qui la traverse ou l'a traversée peut en discourir en connaissance de cause.
Les autres ne font qu'essayer d'imaginer un monde qui leur est inconnu et créent des certitudes à l'aune de ce qui leur est familier et rassurant, mirages qui s'évanouiront le moment venu.