Philémon et Baucis

Publié le par Lionel Droitecour

.... Ce chêne au bras puissant, n’est-ce pas Philémon ? Près de lui ce feuillage, Baucis, industrieuse ? ...

.... Ce chêne au bras puissant, n’est-ce pas Philémon ? Près de lui ce feuillage, Baucis, industrieuse ? ...

Pour marquer les quatre années d'existence de mon blog,
chaque jour de mars 2018, je publierai deux poèmes,
le second étant une réédition de l'un de ceux publiés en mars 2014.
Le choix de ce dernier sera celui du cœur...
Le mythe de Philemon et Baucis m'a été révélé en classe de cinquième, je crois.
Un certain Jean de la Fontaine l'a déjà fleuri de ses vers. Gonflé, le père Droitecour
de se mettre sur les rangs, après ça !

1.
Au collège, jadis, j’avais douze ans, peut-être,
J’appris le mythe ancien d’un dieu venu sur terre
Des hommes visiter la morne ingratitude.
Dans l’antique Phrygie, méconnaissable, il fut

Rejeté, éconduit, convive mal reçu.
Revenant vers l’Olympe il vit, aux solitudes,
A l’écart des cités, moins inhospitalière,
La hutte de deux vieux, qui, sans le reconnaître,

Par le peu qu’ils avaient, humblement partagé,
Sauvèrent du mépris d’un Hermès outragé
Alors, l’humanité, rachetée par leur don.

Elle avait nom Baucis, il était Philémon.
Ce qui frappa mon cœur, au seuil adolescent
Fut la grâce obtenue du dieu compatissant.

2.
« 
Nous sommes vieux, usés, n’avons plus nul désir,
Nous nous sommes aimé, chaque jour de concert,
Trouvant l’un près de l’autre, en de calmes rivages,
Un port pour accueillir nos paisibles amours.

Or voici que s’en va tomber la fin du jour,
Que s’approche sans bruit la Parque sans visage,
Que l’un de nous brisé, dans l’ombre, solitaire,
N’aura plus nul soutien, demain, qu’un souvenir.

Qu’en la même minute et dans un même souffle,
En la brise attiédie nos pauvres cœurs s’essoufflent :
Oh dieu, fait seulement que nous mourions ensemble !

Qu’en l’éther infini, si l’azur nous rassemble,
Ce qui reste de nous puisse encor se mêler
Comme ici-bas nos mains, désormais tavelées... »

3.
J’étais au point du jour, alors, presqu’un enfant,
Etrangement pourtant au profond de mon âme
Cette requête, éveil d’un très lointain écho,
Comme un escarre vint troubler mon cœur ému.

Mais quel arrachement avais-je donc connu
Pour être ainsi porté aux abords du sanglot ?
De cet ancien brasier comment ma jeune flamme
Put-elle se nourrir de ce qui nous défend ?

La parole est le lieu où l’humain se découvre
Aux pas renouvelés des sentes qui s’entrouvrent
En un chant retrouvé aux livres qu’on nous tend.

Ainsi le mot gravé depuis la nuit des temps
S’en vient revivre encore en la chair, suscité,
Appel en notre orée des antiques cités.

4.
L’histoire dit qu’au jour de l’ultime matin
Baucis et Philémon, l’un près de l’autre unis,
Sentirent peu à peu une métamorphose
Irriguer leur corps las et rompus par les ans.

Fidèle à son serment le dieu, les exauçant,
De ramures couvrit leurs fronts ; leurs lèvres closes :
Ecorce, aux tronc noueux de leur neuve harmonie
Dont la brise, en bruissant raconte le destin.

Devant ce temple, ici, vivante frondaison
Ce chêne au bras puissant, n’est-ce pas Philémon ?
Près de lui ce feuillage, havre des butineuses,

Ce tilleul odorant, Baucis, industrieuse ?
Et qu’est ce que ce dit que conte leurs branchages
Au vent qui les comprend et porte d’âge en âge ?

avril 2010

 

Publié dans Amour

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Ironbird 10/05/2014 17:14

Magnifique poème et magnifique histoire de Philémon et Baucis, qui réveille en moi une grande nostalgie d'Amour pur et absolu, Amour sans égo où la clarté limpide du "Nous" éclipse la flamme terne et illusoire du "je"... Un tel Amour ne peut se trouver dans l'autre que si on l'a déjà trouvé en soi, c'est ce qui en fait la beauté et la rareté !