Aux fontaines du vide

Publié le par Lionel Droitecour

Aux fontaines du vide

Carte du fond diffus cosmologique du ciel en entier, duquel on a soustrait la lumière de la voie lactée ; ce rayonnement a été émis il y a 13,77 milliards d'années et démontre des variations de températures de l'ordre des microkelvins.

C'est étrange folie que de craindre la mort,
Intime certitude, il faut l’apprivoiser.
Enfant, je la savais prés de moi comme sœur,
Elle habite, depuis, ce cœur qui la désire.

Non point qu’elle me hante et non point qu’elle empire,
C’est juste une présence et j’en suis l’accesseur,
Le chantre, le compaing, sans jamais la toiser
Je l’invite au chevet de mon sombre remord.

Et nous allons céans, jumeaux de circonstance,
Liés par un contrat que nous n’avons signé,
Si je meurs, elle aussi, la camarde inclémente,
Elle n’est pas pressée, si elle me taraude.

En mes atours, toujours je la sens en maraude,
Mais c’est peut-être moi qui sans fin la tourmente,
Je dessine un tombeau à ce corps, désigné
Aux contours ébauchés de ma prochaine stance.

Je parcours en pensée ce vaste cimetière,
Chaque dalle, à gésir, sinistre sous la lune,
Figure en mon déchant où dansent feux follets
Miroirs, au firmament, des nocturnes flambées.

Je n’y vais certes pas à grandes enjambées,
Mais folâtre, rêveur et, de mes vers mollets,
Je rassemble une gerbe à funèbre infortune,
Déposée, en hommage, en la vasque de pierre.

Ces mots émaux seront en la plaque songeuse
Où passe un souvenir qui n’est plus que silence,
Un visage inconnu au regard du passant
Qui interroge en vain une destinée morte.

Ainsi va, dissipé, tout ce qui nous conforte,
Pâles éternités, vagues, nous délaissant,
Où la nuit sans apprêt se dilue dans l’absence
Aux fontaines du vide en la rive oublieuse.

Il n’est nul désespoir en la sûre échéance
Et je me sens grisé d’être de ce néant,
Cet infini en nous brassé comme un mystère
Matière dévoyée un instant sous l’espace.

Nous ne sommes qu’un sot enfermé dans sa nasse,
Si ce corps qui nous tient au remord délétère,
Ne s’ouvre aux dimensions de tout astre béant :
Il est stase à venir en toute déchéance.

Mais éloignez de moi les dieux et les autels,
Le cierge éteint qui fume en l’abside déserte,
Le prophète barbu, perdu de phlogistique,
Qui assène sa glose au crédule stupide.

Il n’est rien qui s’allume où la courbe s’évide,
En ce songe de gueux à l’ostensoir mystique,
Verbiage vaniteux dont la langue est inerte,
Sacrement rabâché d’impavides rituels.

Non, le néant me sied, tout peuplé de mon doute.
Je suis de l’univers en sa pleine expansion,
Multiple et solitaire entre milliards d’élans
Déversés en tout sens par l’espoir du possible.

Je ne sais si je fus de l’arc ou de la cible,
Si je fus le rejet des intimes relents
De cette galaxie en quelque dimension,
Le produit d’un hasard, le but d’une déroute.

Mais cela me suffit si je suis du voyage,
Il excède ma vie en fugace existence,
Et c’est le prix en soi de l’absurde miracle
Que ma voix dissémine, éphémère fragrance.

Il nous reste, bien sûr, le dol de la souffrance
Le dénuement amer au seuil de cet oracle,
Mais une fois passé le deuil de la substance,
La particule chante en son libre rivage.

janvier 2014

Publié dans Spiritualité

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Ironbird 08/07/2014 22:01

La grande nouvelle annoncée par tous les esprits libérés est qu'on peut mourir... de son vivant, non comme l'entendait Coluche ("Si j'ai l'occasion, j'aimerais mieux mourir de mon vivant !") mais en renonçant à son ego par un lâcher-prise total et absolu.
C'est lorsqu'on voit avec certitude et sans l'ombre d'un doute qui on est vraiment et quel est le monde dans lequel on évolue qu'on est prêt à franchir ce pas décisif, souvent c'est la souffrance qui nous y pousse, ou une prise de conscience radicale...
Ça ne m'est pas encore arrivé, sans doute suis-je trop attaché aux choses passagères et à ma petite personnalité, mais je sais au fond de moi que c'est possible...