Sous l’agonie des fards

Publié le par Lionel Droitecour

Francisco Goya, (1746-1828), Deux vieillard mangeant de la soupe

Francisco Goya, (1746-1828), Deux vieillard mangeant de la soupe

Il est des fruits secrets que la jeunesse abhorre,
Ils murissent en nous dans le creux d’une ride,
Et couronnent de gris notre tempe songeuse,
En notre corps cavé, sur les claies de l’angoisse.

L’âme à trop y penser s’y enkyste et se froisse,
On les ignore ainsi par la fuite trompeuse,
Au cellier de l’ennui, dans la nasse putride
Où notre cœur moisit, lentement, sous l’aurore.

Et la vieillesse est là dans son affreux cortège,
Au miroir, devant nous, qui parait une offense,
Parés dans l’attitude, en la loge du temps
Nous nous peinturlurons, effrayés et blafards.

Notre réel cinglant, sous l’agonie des fards,
Progresse devant nous et marche à contretemps,
Et nous sommes ce gueux, déshabillé d’enfance,
Qui pleure son passé en un deuil sacrilège.

avril 2013

Publié dans Le temps

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