En la source native

Publié le par Lionel Droitecour

Photo extraite du cours métrage "Première neige" de Michaël Lalancette (Quebec)

Photo extraite du cours métrage "Première neige" de Michaël Lalancette (Quebec)

Salle d’attente, sans fenêtre, en l’hôpital.
On se sent creux, de soi comme dépossédé,
Un enfant crie, boule d’énergie qui s’épand
Mais, hors de lui, toute vie, là, semble s’éteindre.

Chaque bruit en ce lieu tente de ne pas geindre,
Et chacun se contraint où l’heure est en suspend,
Quand, dans l’affleurement d’un soupir excédé
La tension naît, s’instaure, en un trouble vital.

Une télévision, dont on fuit le regard,
Pérore en son vulgaire et suscite l’ennui,
Elle bavarde, laide, au milieu du silence,
Comme une insulte, ici où le réel culmine.

Quelque chose en la chair, ainsi qu’une vermine,
S’instille sous la peau en relent de l’absence,
Aux misères du corps l’âme, soudain, nous cuit,
Dans ce cénacle hideux qu’imbibe le hasard.

Il n’est rien à se dire en la commune stase
Où chacun s’invertit en le simple paraître,
Ainsi la maladie invoque notre vide,
Et le remord s’induit pour seule perspective.

L’humain n’est plus qu’une onde en sa source native,
Quelque part la mort rôde, et sa face livide
Barbouille de son fard en la trace de l’être,
Une épouvante écrue que la tristesse embrase.

juin 2014

Publié dans Fongus

Commenter cet article

Ironbird 10/08/2014 18:16

Saisissant, on s'y croirait !
Terrible, en effet, la laideur et l'inhumanité de certaines salles d'attente, où chacun se plonge qui dans la contemplation de la pointe de ses chaussures, qui dans la lecture d'un magazine sans intérêt, qui dans les mondes artificiels de la Matrice, télé, tablettes et autre gadgets qui nous évitent de trop nous intérioriser...
Certains comme bibi prévoient parfois d'emmener un livre, peut-être la moins mauvaise des solutions pour ceux qui n'arrivent pas à fermer les yeux et méditer sur l'impermanence des choses !
Impressionnante aussi l'ambiance morne qui y règne, on y chuchote comme dans une chambre mortuaire, parfois la présence d'un enfant accapare toute l'attention comme tu le décris si bien "hors de lui, toute vie, là, semble s’éteindre"...
Très beau poème, merci !