Obésité

Publié le par Lionel Droitecour

... Engorgé, bourré, saturé, d’âme et de corps défiguré au seuil de mon obésité ...

... Engorgé, bourré, saturé, d’âme et de corps défiguré au seuil de mon obésité ...

Je suis empli, rempli, gavé
Au-delà de la satiété,
Mais en moi un vide est gravé,
Cens à mon intranquilité.

Je ne viens autant que je vais,
En chemin restent mes étais,
Si je savais, si je pouvais,
Si je trouvais ce que j’étais !

Deuil qui demeure en mon passé,
Fontaine d’eau pure et glacée
Pourquoi mon cœur cadenassé
Et cette sente en moi tracée ?

Ainsi la tombe profanée
Par l’oubli des anciens étés
Je suis telle une fleur fanée
Inquiète au chant des vanités.

Et par ma bouche d’impiété
Où passe cette logorrhée,
Vain, s’agite un sens émietté,
Verbe et verve d’une chorée.

Je bouge pour ne point tomber,
J’avance pour ne point glisser
Ma langue lie pour la plomber,
Et mes lèvres trop bien lisser.

Puis je rempli ce corps blasé,
De souffle jusqu’à l’étouffer,
Mangeaille, à plein bord arasé,
Autant qu’il se peut en bouffer.

Engorgé, bourré, saturé,
Triste et morne félicité
D’âme et de corps défiguré
Au seuil de mon obésité.

décembre 2013

Publié dans Autobiographie

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Ironbird 23/08/2014 09:52

Un poème très poignant sur la relation à notre corps physique, qui invite à la réflexion et à se poser la sempiternelle question : "que suis-je vraiment ?"
Difficile d'y répondre sans se baser sur nos opinions conditionnées ou alors sur des philosophes, des textes plus ou moins sacrés, des enseignements traditionnels ou modernes, des avis d'experts et toutes ces choses certes de valeur mais dont la diversité et les contradictions nous égarent.
Suis-je mon corps, suis-je dans mon corps... ou les deux ?
Si je ne suis pas ce corps pourquoi suis-je en souffrance lorsqu'il ne va pas bien, ou ne me convient pas ? Et d'ailleurs qui est ce "je" qui pose toutes ces questions, mon Être véritable ou mon mental programmé ?
Je crois que c'est lorsqu'on comprend avec certitude que l'intellect n'a pas de réponse claire à ces questions que peut cesser le bruit mental et qu'ainsi, dans ce silence même très bref, apparaisse une dimension nouvelle qui peut nous donner un indice sur ce que nous sommes véritablement, au-delà des mots et des concepts : un écran blanc, vierge et pourtant resplendissant d'une vie intense sur lequel est projeté tout le film de notre vie !
Si je crois être le film je vais jouir et souffrir avec ses protagonistes, m'identifier à ses joies et ses drames... Si je sais que je suis l'espace dans lequel tout se produit, je continuerai à participer au film, mais avec la conviction absolue qu'à la fin je redeviendrai ce que je n'ai jamais cessé d'être, le témoin serein et détaché du spectacle étonnant de ce théâtre dont je suis le "héros" parfois rayonnant, parfois tragique !
Et pour finir... un jour... ayant savouré cette comédie dramatique comme il se doit, je voudrais en connaitre le metteur en scène... mince... surprise ... c'était moi ! :-)

Ironbird 23/08/2014 15:55

Merci pour le conseil de lecture, je vais me commander l'ouvrage en question.
L'"âme" serait donc une émanation volatile de nos cinq sens, si je comprends bien elle ne serait qu'un espèce "d'effet secondaire" de notre corps physique ?
Là j'avoue humblement que j'ai du mal à concevoir une telle chose, comme j'ai d'ailleurs beaucoup de mal à digérer la version de la bactérie devenue homme avec le temps ! :-)
Cela réduit la la Création - ou disons l'Univers - au monde physique, en quelque sorte nos corps seraient la cause de toute chose...
J'aurais plutôt tendance à croire le contraire, à savoir que c'est le corps qui est l'émanation, une forme de condensation, de véhicule dont se sert l'âme pour explorer cette partie très dense de la matière.
Le drame est que le pilote a fini par s'identifier totalement à son véhicule et par oublier qui il était vraiment et d'où il venait !
De plus en plus même la science tend à prouver qu'en fait la matière n'a aucune existence propre, que notre monde est ce qu'il est uniquement parce que nous sommes "programmés" à la voir comme tel, par notre ADN par exemple... C'est parce que la matière vibre à une certaine fréquence que nous la considérons comme solide, mais que nos vibrations soient multipliées par 10, 1000 ou un million et le monde que nous verrions serait radicalement différent !
Alors oui, une partie de nous fait partie de cette fréquence vibratoire et cessera avec la mort de notre corps, mais à mon avis l'être humain véritable couvre bien plus que la fréquence étroite dans laquelle nous évoluons, c'est notre conscience qui n'utilise que cette petite gamme, par hérédité, programmation dès notre plus jeune âge et auto-limitation "pour être comme tout le monde"
Notre "souffrance" est de ce fait peut-être due à l'influence des fréquences supérieures qui se rappellent à nous et nous demandent de syntoniser à nouveau nos récepteurs à l'approche d'une ère nouvelle - ou d'une région cosmique nouvelle que traverse notre galaxie...

Lionel Droitecour 23/08/2014 10:21

Je te conseille, mon cher ami, pour compléter ces réflexions en miroir, le très intéressant livre de Boris Cyrulnik : "De chair et d'âme". Les neurosciences ont beaucoup progressé, ces vingts dernières années et remettent en questions beaucoup de nos façons de penser le dilemme du corps et de l"âme...
Pour ma part, je vois en ce qu'il est convenu d'appeler "âme" une émanation volatile de nos cinq sens, qui nous délimitent, et des interactions continuelles qui ne cessent de nous façonner. Exit le corps rien n'en demeure, sauf le leurre mensonger de la religion...