Oradour

Publié le par Lionel Droitecour

... J’avais douze ans, peut-être, mon père nous menait aux ruines d’Oradour ...

... J’avais douze ans, peut-être, mon père nous menait aux ruines d’Oradour ...

Le sang parle moins fort aux sentes de mémoire.
Qui ne l’a pas connu ne peut se figurer
L’écharde, dans la chair, et l’escarre à jamais
Que l’horreur plante en nous, blessure inguérissable.

Sur la plaque émaillée, comme celles des rues
Etait une injonction en anglais : Remember !
Puis : « passant souvient-toi ! ». J’avais douze ans, peut-être,
Mon père nous menait aux ruines d’Oradour.

Il est, dessous la tombe éteint, depuis longtemps,
Dissouts, tous ces chagrins… Mais je sais, désormais
Ce qu’en ce jour d’été il me voulu transmettre,
- Alors, le cœur léger, qu’avais-je su comprendre ?

C’est la honte du drame, encore plus que la guerre
Qu’il me voulu donner à voir et à entendre,
Ce sentiment confus que par le meurtre abject,
De la communauté humaine on se retranche.

Lui, l’ancien résistant, il l’avait bien connu,
Ce sentiment de haine et il s’en repentait,
Face aux restes ruinés de ces anciens décombres
Où son regard ému, tragiquement, fouillait.

Mon père, ce héros au cœur mélancolique,
Suivi de ses enfants au village martyr,
Où, partout, il voyait les fantômes errants
Des camarades morts, tombés à ses côtés.

septembre 2011

Publié dans Souvenirs

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Ironbird 29/09/2014 16:28

Au delà du drame lui-même l'image forte de ce père qui marche sur les traces de son passé et tente de faire partager ce moment à ses enfants - qui finalement comprendront bien plus tard... Très beau texte, en effet !

damiax 29/09/2014 08:19

Chouette celui-là !

Luma 29/09/2014 05:24

Trés beau texte !

Luma