Onze novembre

Publié le par Lionel Droitecour

Mémorial du Col du Linge : ... Aujourd'hui son nom seul, sentinelle importune ...

Mémorial du Col du Linge : ... Aujourd'hui son nom seul, sentinelle importune ...

Rémy Renaud dormait à l'ombre des grands pins,
Pourquoi l'éveillez-vous gens qui fouillez la terre ?
Rémy Renaud dormait, soldat d'un autre temps,
Couché sous les grands pins, mais couronné d'azur.

Aujourd'hui son nom seul, sur une croix trop blanche
Veille sous les grands pins, sentinelle importune :
Ses os éparpillés, où donc est sa dépouille ?
Dans l'oubli d'un ossuaire pleure Rémy Renaud

Arraché à la terre. Il fallait donc, soldat,
Après t'avoir vêtu d'un costume guerrier
Et chargé tes deux bras des machines qui tuent ;
Il fallait, jeunes gens, qu'après avoir versé

Votre sang si précieux sur les champs de bataille ;
Il fallait bien qu'enfin, après avoir fauché
Tant de vies sur des monts labourés par la guerre,
Tout parsemés encor des débris de vos corps ;

Il fallait bien enfin honorer vos mémoires
Et semer de vos croix les chemins de victoire.
Et sur les monts vosgiens où la haine a vomi
Demeurent les tranchées où vous avez péris !

Des feudataires pieux, des fortins effondrés
Ont relevé les pierres, parsemé de fer
Cette terre oublieuse où résonna jadis
Votre cri d'agonie. Souviens-toi,-toi qui passes

Et promène en ces lieux des compassions abjectes
Pétries d’hymnes de guerre et de l'éclat des armes !
Il faut que ce passé de misère et d'horreur
Plante ses dents aiguës aux flancs de ceux qui vivent,

Afin qu’un autre sang, justifié sans vergogne
Par celui des héros, au prochain cataclysme,
S’en vienne réjouir ceux qui bombent le torse.
Et moi qui viens ici, moi, passant de hasard,

Qui ai le cœur trop lourd ou l'âme trop éparse
Pour goûter de ces lieux la pompe glorieuse,
Je voudrais vous connaître, oh, vous hier meurtris,
Tout recouvert de sang, et de boue, et de larmes ;

Je voudrais vous serrer, ruisselants, dans mes bras
Et pleurer avec vous l'impuissance de l'homme.
Et je voudrais encor, en ces lieux de folie
Voir éclater la vie et semer sur la haine

Une moisson d'espoir. Lavez ces lieux d'ordures
Gens qui creusez le sol, brisez ces croix, ôtez
Ces barbelés rouillés, ces douilles, ces poignards !
Il faudrait des enfants comme gerbes de vie

Sur vos tombes sans nom, soldats qui demeurez
En ces terres nourries de vos corps corrompus.
Et leurs ris et leurs jeux, leurs babils et leurs chants
Pour bercer à jamais vos ossements blanchis !

Qu’un mémorial de mots, célébrés dans la joie,
Sous l'oripeau sanglant des déroutes passées
Restitue, d’une mère, à vos mânes, l’amour ;
Que vous aviez troqués, enivrés par des fifres,

Pour la guerrière danse où sonnait votre glas.
Ainsi dans les éthers, victimes et bourreaux
Des chemins d'infamie sauront, Rémy Renaud,
Que ton âme blessée veille encore en la nuit.

juin 1991

Un épisode méconnu de la guerre de 1914 / 18
la mémoire occultée des mutins russes de La Courtine

Ci-dessous le lien vers le magazine n° 217
de février 2014, de Télé Millevaches, dont ce reportage est extrait.
On peut y entendre de témoignage, recueilli en 1993, de Lucien Ameaune, l'un des derniers poilus  creusois.

Publié dans Citoyen

Commenter cet article

Luma 11/11/2014 16:58

Merci pour cette vidéo..

Luma