À l’étoile superficielle

Publié le par Lionel Droitecour

... On s’y vient moudre, lacunaire, sa poudre en la meule d’espoir ...

... On s’y vient moudre, lacunaire, sa poudre en la meule d’espoir ...

Déshabillé dans l’aube roide,
Molesté par un jour sans joie,
On retrouve, aux rigueurs du soir,
Sanglant, son bord crépusculaire.

On s’y vient moudre, lacunaire,
Sa poudre en la meule d’espoir
Où l’orée neuve nous dévoie,
Nous dépouille de sa main froide.

Nos rêves, au jardin d’oubli
S’en vont disperser leur fragrance ;
Sont nos élans, sur le métier,
Désinvestis de nos accords.

Chaque jour on courbe son corps,
On perd sa vie pour la gagner,
Perle, sur nos rives d’enfance,
Une larme en l’inaccompli.

Troubadour, trouvère, poète,
Chante ta peine et ton ennui,
Ta veille hante, enharmonique,
Le morne concert du matin.

Le verbe est ton heureux festin,
En ta rime polyphonique,
Passagère humble de ta nuit,
Demeure un songe qui s’entête.

Et, devant la livrée de l’âge,
Blanche prébende noire d’encre,
Amoindri de ta solitude,
Il est un écho du silence.

Passe, inhibé de ta violence,
En l’impossible finitude,
Le mal d’écrire, comme un chancre,
Immolé en vain sur ta page.

C’est une aube sacrificielle,
Sœur de l’aurore aux mains d’argile,
Une altérité de lumière
Au déchant d’une onde en sa moire.

Et dans la trame du grimoire,
Comme lézarde ou comme lierre,
Corolle pâle au cœur fragile,
Une étoile superficielle.

août 2013

Publié dans Citoyen

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