Corbeau

Publié le par Lionel Droitecour

Vincent van Gogh, (1853-1890), Champ de blé aux corbeaux, détail

Vincent van Gogh, (1853-1890), Champ de blé aux corbeaux, détail

Ils vont, à petits pas, chaque jour en silence,
Au parc, près de midi, à l’ombre des ramures.
L’air est doux on croirait entendre ces murmures :
« On est si bien, ainsi, ce soleil, quelle chance ! »

Mais ils ne disent rien. Sous la brise, brassées,
Les secondes ténues battent un seuil livide,
Inéluctable glas, dans le non-dit morbide
Qui geint mortellement sur leurs lèvres pincées.

Elle est aux petits soins pour son grand homme maigre,
Dont la main tremble, un peu, tenant la cigarette.
C’est le dernier été qu’ils passent sur la terre

Ensembles, vieux amants qui ne peuvent rien faire
Pour conjurer la mort qui plane sur sa tête,
Criant comme un corbeau de sa grande voix aigre.

juillet 2006

Publié dans Fongus

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Luma 06/12/2014 17:50

Helllo ,

Superbe et lumineux ce tableau de Van Gogh.

Le poème est trés beau aussi et la scène décrite mériterait d'être peinte .aussi ...., malgré son côté triste.

Cette ambiance réaliste que tu évoques avec beaucoup de délicatesse et de de poésie me renvoit à ma tristesse celle de quitter bientôt (ds 6 mois environ) mon travail ,ce dernier jour que je commence à redouter avant de me retirer vers ce moment de la vie qu'on appelle la RE-TRAIT-E !

Moment tant attendu dans un sens puisqu'elle représente pour moi une certaine liberté mais tant redouté aussi parce qu'il s'accompagne aussi d'une perte ,celle de pratiquer mon métier que j'aime tant et qui est,en plus, mis à mal par les technocrates (les corbeaux) du new-management , qui veulent nous transformer "en automates applicateurs de protocoles et de normes..

Bon weekend et bpnnes vacances à toi Lionel,

Luma

Lionel Droitecour 06/12/2014 18:11

Cette scène, comme c'est souvent le cas dans ce type de poème n'est ni plus ni moins qu'un souvenir transcrit dans la forme d'un sonnet.
Je fréquente souvent le parc des Contades à Strasbourg, le temps de la pause méridienne, puisque je travaille à deux pas (ou plutôt à quelques tours de pédaliers...)
On est ainsi parfois témoin d'un fait, notre regard y puise une interprétation, qui résonne en nous plus ou moins fort avec notre propre sensibilité.
De ces pensées je fais poèmes, sans prétention, juste pour transporter l'émotion vers d'autres lieux.
De même pourras-tu peut-être en faire autant de tes compétences, lorsque l'heure de la retraite aura sonnée. Dans le domaine du social, l'ouvrage ne manque pas, j'imagine, ni l'occasion de s'impliquer, d'une manière ou d'une autre.
Merci pour tes visites et tes commentaires, ils sont un baume au cœur du poète solitaire, qui observe le monde depuis sa tour d’ivoire, histoire d’y voir autre chose que ses atours...