Hiatus des apparences

Publié le par Lionel Droitecour

Francis Bacon, (1909-1992), étude pour un portrait de Peter Beard

Francis Bacon, (1909-1992), étude pour un portrait de Peter Beard

Il est une distance entre le soi et l’autre,
Autant celle qu’on veut que celle qu’on subit,
On projette toujours quelque creux ectoplasme
Vers celui qui nous capte, absorbe ou bien séduit.

Ce que l’on sait de lui nous arme et nous conduit,
Paraître est en ce lieu un douloureux fantasme,
On se voudrait la gemme, émeraude ou rubis,
Quand, en son désir nu, on baigne et l’on se vautre.

Et l’on est, pour jamais, qu’en des malentendus,
Ce hiatus improbable à nos yeux murmuré,
Cet étreinte jalouse en un seuil inconnu
Où le possible nait d’une incompréhension.

Et l’on s’accorde ainsi sans art et sans passion
À ce réel pluriel en nos mains survenu,
On se cogne en sa vie en soi-même emmuré
Par les regards portés où nous sommes rendus.

Et l’on reste à jamais la morne chrysalide
Au cocon solennel de notre solitude,
Quand s’abaisse la garde, au miroir impavide,
En la porte bouclée de notre intérieur prude.

Là, loin du faux semblant, la déception est rude,
On mesure à son aune une instance du vide,
Ce gouffre ouvert en nous, et de vaste amplitude,
Entre ce que l’on est et son rêve livide.

On rejoue sans arrêt ce triste personnage,
Ce fantôme pansu empli de suffisance,
Qui n’est que le reflet d’un vain rêve trop sage,
Au déroute du sens où va notre souffrance.

Oyez ce pauvre idiot, en sa triste carence,
Au jeu de loterie où son âme se gage,
Marionnette déçue du fil de l’apparence
Façade lézardée de son propre carnage !

avril 2012

Publié dans Névrose

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