Quinte essence

Publié le par Lionel Droitecour

Un graffiti, quai Saint-Etienne à Strabourg, contemporain de l'écriture de ce poème...

Un graffiti, quai Saint-Etienne à Strabourg, contemporain de l'écriture de ce poème...

Je m'en allais, rêvant, comme à l'accoutumée,
Par les rues adoucies d'un printemps trop précoce
Et qui surprend, soudain, à l’heure de midi,
Le promeneur frileux – mais qui bientôt transpire

Et rouvre son manteau. Ainsi l’hiver chavire
En l’haleine folâtre et le souffle attiédi
D'un zéphyr gracieux, plein de sève et de force.
Nonchalant, égaré dans la nue embaumée,

Mon regard s’évadait sur l’errance des cieux,
Par l'échancrure offerte en l’éther accessible.
Et j’étais inspiré, poète vagabond,
Par une transparence, où l’infini s’exhume,

Des parfums indolents que la nature hume
En notre âme sensible. Le souvenir profond
De l’extase versée en ce corps extinguible,
Guette, au rappel du temps, le ressort précieux

De la nouvelle ardeur où chante une espérance.
Et j'errais là, sans but, mais je sentais monter,
En moi la soif étrange où j'aspire en secret.
Sourde, j’ai convoité une aube fraternelle,

Façonnée, en l’orée d’une sente éternelle,
Aux pierres des autels au mensonge concret.
Rites insignifiants qui veulent nous dompter
Et de vide nourrir les arcanes d’enfance.

Faut-il tuer en nous jusqu’au moindre désir
En la strate ébauchée dans la glaise des jours ?
Et, d’une page blanche ainsi qu’à livre ouvert,
S’inventer un destin froid comme sont les marbres ?

Or, marchant, j'intimais à l'écorce des arbres,
Aux pavés, aux néons, aux murs nus recouverts
D’insanes graffitis, silencieux, mon discours
Aux essences ténues que je sentais frémir.

mars 1991

Publié dans Spiritualité

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