Cabu

Publié le par Lionel Droitecour

Jean Cabut, dit Cabu, né le 13 janvier 1938 à Châlons-sur-Marne, assassiné à Paris le 7 janvier 2015

Jean Cabut, dit Cabu, né le 13 janvier 1938 à Châlons-sur-Marne, assassiné à Paris le 7 janvier 2015

L’esprit, l’humour, la joie, le talent débonnaire,
Le sourire tranquille et la foi dans l’humain,
Non, rien de tout cela ne pèse vraiment lourd
Face à la barbarie et aux armes de guerre.

Et l’homme encagoulé à la pensée grégaire
Qui frappe et frappe encore et frappe comme un sourd
Le clou du préjugé en sa violente main,
Tueur au nom de son dieu, n’est qu’un fou sanguinaire.

Il est mort, le rieur, en la salle de presse,
Il n’avait nulle armure et pas de bouclier,
Sa porte était ouverte et nulle citadelle
Pour défendre sa vie qu’a prise un assassin.

Le meurtre sans conscience œuvre en son fantassin,
Dans le crime nourri d’une oraison mortelle,
Dogme étroit de celui dont le bras séculier
Fait d’un dieu une épée et d’un livre une presse.

Le vendangeur hideux d’un vieil obscurantisme
Foule comme un dément, en se frappant la tête,
Un absurde verset, s’y trouve une raison,
Et s’en fait oriflamme au feu de l’incendie.

Et la bêtise obtuse en son vide mendie
Aux portes d’un sanctuaire une horrible moisson ;
Puis, soldat d’idéal, ivre en sa propre quête,
Trouve le goût de tuer en ressassant son truisme.

Un être calme, hier, spirituel humaniste,
A salué ses amours, s’en est allé, serein,
Au lieu de son métier où l’ouvrage attendait.
Saluant ses amis, ils se sont assemblés.

Au même instant, vers eux, haine et meurtre sanglés,
La brute au cœur mauvais sans fléchir se rendait
Pour ces âmes faucher et pour moudre ce grain,
Ivre en ce champs de mort où plus rien ne subsiste.

Il me reste ce chant pour saluer l’artiste,
Je n’ai pas de fusil et n’en veux pas tenir,
Je ne veux point hurler, condamner et honnir,
Mais cultiver en moi, flamme, le souvenir.

Toi qui me fit ce don généreux du sourire,
Qui fut une conscience aux fontaines du dire,
Je refuse en ton nom de geindre ou de maudire :
Je porterai ton ombre où le bonheur existe.

LD, 8 janvier 2015

Publié dans Citoyen

Commenter cet article

Grenier Mich' elle 09/01/2015 11:12

Notre Cabu au sourire espiègle, notre Gavroche du crayon , avec son sang , il aurai écrit , incrédule et facétieux : " Dur d'être tué par la bêtise obtuse."
Merci Lionel Droitecourt pour ce magnifique texte.

Luma 09/01/2015 08:36

Merci à toi Lionel pour ces belles lettres..du 8/01/2015.
Avec toi" je porterai son ombre où le bonheur existe .."
Et je relirai encore et encore ce poème des milliers de fois ..

Luma