Sur d’anciennes amours

Publié le par Lionel Droitecour

... Tous mes anciens aïeux, disparus du présent, murmurent par ma voix comme chante le vent ...

... Tous mes anciens aïeux, disparus du présent, murmurent par ma voix comme chante le vent ...

C’est là que j’ai compris, sans qu’un mot fut donné,
Qu’alors j’appartenais à cet ordre du monde,
En cette simple ellipse où s’écoulaient mes jours,
Dans l’abondance humaine où passe le bonheur.

Je ne parle pas d’or, mais de l’œuvre du cœur,
L’enfance a ses quartiers en d’amoureux séjours,
Douceur, en plein été, quand la joie nous inonde,
D’un regard, sur nos fronts, comme un chant fredonné.

J’ai fait, au jeune temps, provision de lumière,
J’ai empli ma besace aux proches frondaisons,
Senti dans les sentiers frémir l’orbe terrestre
Et bâti mes châteaux de donjons sans pareils.

Des blanches chevauchées de mes azurs vermeils,
Je devins, bien plus tard, l’étrange vaguemestre,
Et ma correspondance à ces vieilles saisons,
Courrier du souvenir, fleurit sur ma lisière.

Mon âme est le reflet de ces lointains sillons,
Tous mes anciens
aïeux, disparus du présent
Murmurent par ma voix comme chante le vent,
Leurs mémoires m’offrant sa généreuse obole.

J’en construis l’ornement dans cette parabole,
Ermite sans désert en son propre couvent,
J’éparpille mon cri, comme vague, au brisant,
Mouille d’embruns le ciel pour bleuir ses rayons.

Et, gauchi d’espérance autant que d’horizon,
Je vais en ma dérade au grenier de l’antique
Chercher la belle rime en double dérision,
Pour fleurir vos tombeaux de toutes mes chimères.

Bien sûr il est en moi des consciences amères,
Je sais comment s’instille en nous cette illusion,
Mais j’ai malgré le doute et sa creuse métrique,
Tant de frivolité pour ruiner ma prison.

Il est en ma curie tant de précieux rebours,
Tant de clartés aux cours que rien ne peut ternir,
Que j’ai, dans la l’agonie même de mon espoir,
Une secrète rive où meurt la déshérence.

Dans le socle lointain qui fonde cette errance,
Subsiste en moi, intact, poli comme un miroir,
Le fondement du sens, toujours à survenir,
D’un ego murmuré sur d’anciennes amours.

novembre 2013

Publié dans Résilience

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Avisferrum 29/03/2015 09:07

Très beau poème, plein de nostalgie mais aussi d'espoir :
"l est en ma curie tant de précieux rebours,
Tant de clartés aux cours que rien ne peut ternir"
Que rien ne peut ternir... Sans que je l'exprime tu sauras de suite que notre interprétation de ce "rien" va diverger ! :-)
Moi je le prends au pied de la lettre : RIEN.

Lionel Droitecour 29/03/2015 10:21

Te voici bien matinal, en ce dimanche d’élection, mon cher Avisferum.
Je ne sais où se situe l’incise de ce « rien » que tu pointas céans. Tu auras noté que ce poème est rangé sous la rubrique « Résilience », ce qui n’est pas un hasard. Je ne suis guère savant de ces choses que par mes lectures des ouvrages de Boris Cyrulnik. Mais j’ai cru comprendre qu’une enfance fracassée ne peut se reconstruire que sous certaines conditions, qui favorisent la résilience.
De ma petite expérience personnelle je demeure convaincu que l’ancrage dans un moment heureux de son jeune âge est fondamental, inaltérable et inaliénable ‒ sauf, peut-être par la perte de la mémoire.
Mes instants creusois ( et les instants de l’enfance ont le goût de l’éternité ) m’ont profondément marqués tout simplement parque j’étais accueilli dans la famille maternelle comme un être sensible dans un monde où je prenais ma place et où tout faisait sens.
Le reste du temps, j’étais effaré d’incompréhension.
Ce qui m’a été donné en ces temps lointains, c’est une fondation. Certes, l’édifice bâti là-dessus est un peu branlant et sérieusement lézardé. Mais le socle tient.
Ce poème est une sorte d’action de grâce envers mes aïeux. Et rien, en effet, ne saurait ternir en moi ce soleil là.