Chœur silencieux

Publié le par Lionel Droitecour

Le kiosque à musique du parc des Contades, à Strasbourg

Le kiosque à musique du parc des Contades, à Strasbourg

Aux Contades, souvent, je me tiens en retrait,
À contempler la vie passer devant mes yeux,
Qui rêvent un poème où sont vos silhouettes.

Dans le mitan du jour, s’inventent mille fêtes,
La brise tendre souffle, alors, aux rimailleux,
D’indolentes rumeurs en son verbe distrait.

Là paresseusement, mon âme vague extrait
Le refrain suranné d’un chœur silencieux,
Aux vastes frondaisons qui couronnent nos têtes.

10 juin 2009

Publié dans Sensation

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Avisferrum 04/05/2015 08:44

Joli poème, cette position de témoin m'inspire bien, tu t'en doutes !
Je ne sais pourquoi ça me rappelle un extrait du roman "Siddharta" de Hermann Hesse, où après moult tribulations le jeune brahmane arrive à ce qu'on pourrait nommer l'illumination.
Un peu avant ce moment de libération il est dit :
"Les hommes ! il les considérait maintenant tout autrement qu'autrefois : il les jugeait avec moins de présomption, moins de fierté ; mais en revanche, il se sentait plus près d'eux, plus curieux de leurs faits et gestes, plus intéressé à eux. Quand il lui arrivait de voir passer des voyageurs de condition inférieure, des marchands, des soldats, des femmes de toutes catégories, ces gens-là ne lui semblaient plus aussi étrangers qu'autrefois ; il les comprenait, il comprenait leur existence que ne réglaient ni idées, ni opinions, mais uniquement des besoins et des désirs ; il s'y intéressait et se sentait lui-même comme eux.
Quoiqu'il approchât de la perfection et qu'il portât toujours les traces de sa dernière meurtrissure, il lui semblait pourtant que ces hommes simples étaient ses frères; leurs vanités, leurs convoitises et leurs travers perdaient leur ridicule à ses yeux, ils valaient la peine d'être compris, d'être aimés et même vénérés. L'amour aveugle d'une mère pour son enfant, la sotte présomption d'un père aveuglé par son attachement pour un fils unique, l'irrésistible et folle envie qu'éprouve une jeune femme coquette de se parer de bijoux pour attirer sur soi les regards admirateurs des hommes, tous ces besoins, tous ces enfantillages, toutes ces aspirations naïves, déraisonnables, mais dont la réalisation donne à la vie un si puissant élément de force, ne semblaient plus maintenant aux yeux de Siddhartha choses si négligeables, si puériles; il comprenait que c'était pour elles que les hommes vivaient, que c'était pour elles qu'ils accomplissaient l'impossible, pour elles qu'ils faisaient de longs voyages, pour elles qu'ils s'entretuaient, qu'ils enduraient des souffrances infinies, qu'ils supportaient tout; et c'est pour cela qu'il se sentait capable de les aimer; il voyait la vie, la chose animée, l'Indestructible, le Brahma dans chacune de leurs passions, dans chacun de leurs actes.
Ces hommes, ils étaient aimables et admirables dans l'aveuglement de leur force et de leur persévérance. Rien ne leur manquait, et le savant, le penseur, ne leur était supérieur que par une petite, une bien petite chose : la conscience qu'il avait de l'Unité de tout ce qui vit. Et Siddhartha en arrivait même à se demander à certaines heures si ce savoir, cette idée, avait bien toute l'importance qu'on lui attribuait, si lui-même n'était pas peut-être le jouet des hommes-penseurs, des hommes-enfants-qui-pensent. Pour tout le reste les hommes égalaient le Sage et parfois lui étaient bien supérieurs, comme certains animaux nous semblent aussi supérieurs à l'homme, par l'inflexible ténacité qu'ils apportent à l'accomplissement des actes nécessaires à leur vie."