Fautes d’orthographe

Publié le par Lionel Droitecour

... Ma copie revenait, de rouge empanachée, ornée d’un chiffre rond, preuve de nullité ...

... Ma copie revenait, de rouge empanachée, ornée d’un chiffre rond, preuve de nullité ...

Lorsque j’étais enfant j’avais une hantise…
Collégien d’imposture, harcelé par le doute,
Ainsi qu’un miséreux dans la classe tiédasse,
Le jour de la dictée, toujours, me crucifiait.

Trappes de l’orthographe ! Ah, certes, m’en défiait,
Pesant dix fois, au moins, chaque mot dans la nasse,
Alambiqué, traînard et bientôt en déroute,
Du maître à l’œil froncé redoutant l’expertise.

Ma copie revenait, de rouge empanachée,
Ornée d’un chiffre rond, preuve de nullité.
Hélas, mais pourquoi donc, là, sur le corrigé
La faute apparaissait, dans toute sa clarté ?

Alors que, transpirant, le cœur en aparté,
Pendant l’épreuve, éteint, mon œil mal dirigé
Perdu dans la grammaire et comme délité,
Aveugle bégayant, peinait à l’arrachée ?

La désolation poissait mon seuil amer,
Accablé du désastre, éconduit, impuissant,
Luttant sans le savoir contre la dyslexie,
Abdiquant tout espoir en l’exercice vain.

Et voici qu’aujourd’hui je me crois écrivain !
Point de revanche, oh, non ! Le doute m’asphyxie,
Eternel repenti, dans le maquis bruissant
Du verbe où je m’égare, esquif, en cette mer.

Je sais le monde emplit de fats aux regards d’aigle,
Dénichant sans faillir ma honteuse faiblesse,
Pavoisant de ce don qui les rend imbuvables
Sans rien comprendre au chœur mouvant en mes arcanes.

D’invincibles corniauds, en leurs temples insanes
Tels Cerbère, aux enfers, portiers impitoyables
Des belles lettres, qu’un sot fanatisme blesse,
Lapident, triomphants, l’impétrant par la règle !

Mais tous ces pisse-froids, ces cornards, ces balaises,
Champion du songe creux produit par les lexiques,
Ne savent rien créer, en dehors de ces lois,
De ce corpus éteint qui n’est qu’un cimetière.

Le poète renonce au chant de l’étrivière,
Aux prisons du savoir il invente un carquois,
Et sa flèche s’envole en des rumeurs mystiques
Peuplée d’inconnaissable et fuyant les fadaises.

C’est comme un balancier dans la maison du dire,
Horloge goguenarde où bat la démesure
Allant du bon usage, au nom du dictionnaire,
Jusqu’à la pâle églogue, esquisse en l’apogée.

D’un mètre maladroit j’ai ma rime forgée,
Bravant l’académie. Myope mais visionnaire,
‒ Où du moins je l’espère, en ma marche peu sûre,
Cahin-caha je boite en mon modeste empire.

juin 2010

Publié dans Autobiographie

Commenter cet article

alain l. 09/10/2016 09:37

Salut Lionel ...
Pour ma part, j'ai toujours été , si j'ose dire, du côté du manche ... Fils d'instit , puis instit moi même ,je suis "tombé dans la marmite" tout petit , et n'en suis jamais sorti ... pour l'orthographe du moins ... parce que pour ce qui est des "règles de grand-mère" , je n'ai aucun souvenir d'en avoir appris une ... ni d'en avoir fait apprendre à mes élèves ... Mais il y a prescription maintenant ;-) ...

Merci pour la découverte des Synonymes de Quand que je ne connaissais pas :
http://www.crisco.unicaen.fr/des/
Et qui vont m'être bien utiles ...

@t

alain

alain 07/10/2016 14:54

Bonjour Lionel ...

J'ai quand même du mal à croire que ... vu la maîtrise de notre langue que tu manifestes dans tes poèmes ... vu cette richesse donc dans ton vocabulaire et ton orthographe... tu aies été , comme le suggère la vidéo , un "cancre" à l'École ...

Alors, détrompe- moi peut-être ...

@micalement

alain

Lionel Droitecour 07/10/2016 18:43

Désormais, cher Alain, j'ai le Bescherelle à porté de clic, le dico des synonymes de Caen et le conjugueur... Ça aide un peu.
Mais quand j'avais douze ans, la dictée était mon désespoir...

Luma 25/05/2015 11:08

Sur ce t'aime aussi ,deux références de livreS pour enfant :

1)La belle lisse poire du prince de Motordu
De Pef
Le jeune prince de Motordu habite un magnifique chapeau. Avec ses coussins, il y joue aux tartes dans la grande salle à danger. Un jour, une jeune institutrice, la princesse Dézécolle, l'invite à retourner en classe pour remettre le langage à l'endroit.
Pour se tordre de rire au royaume des jeux de mots et d'images.

Titre recommandé par le ministère de l'Éducation nationale, pour le cycle 2 de l'école primaire.

Fiche pédagogique téléchargeable gratuitement sur notre site www.cercle-enseignement.com.
De 3 à 7 ans
Thèmes : Amour, Conte, École, Famille, Humour, Jeu de mots, Merveilleux, Prince et princesse, Rentrée scolaire
Catégorie : Albums, Contes & mythologies, Premières lectures

2)J'ai attrapé la Dyslexie de Zazie Sazonof,édition du Rouergue

Luma 24/05/2015 17:12

Le poète renonce au chant de l’étrivière,
Aux prisons du savoir il invente un carquois,
Et sa flèche s’envole en des rumeurs mystiques
Peuplée d’inconnaissable et fuyant les fadaises.

J'aime cette strophe...

La dys- de -l'ex- scie, je connais , j'en souffre des fois , j'en ris d'autre fois ,et je rêve parfois encore d'une écriture sans règles ...
Le correcteur ou la correctrice m'est souvent in-dys-pensable pour entrer dans le cadre de l'écriture de la langue française qui comme tout ne convient pas à tout le monde pour des raisons de construction du cerveau ,soit , mais aussi de la manière dont s'est construit ton lien à l'autre et à la société dans laquelle tu vis !

credi 24/05/2015 09:02

beau ton poème ; on est tous passés par là des périodes différentes

Avisferrum 23/05/2015 09:40

Du coup je n'oserai plus jamais signaler de manquement aux règles immuables et sacrées de l'orthographe dans ton œuvre foisonnante ! :-D
Plus sérieusement j'ai aussi dans mon entourage quelqu'un qui a ce souci (en bien pire) et pour qui écrire est un calvaire.
J'ai pu découvrir avec le temps beaucoup de souffrances conscientes et refoulées, de traumatismes encore à vif, qu'on ne peut pas comprendre au début, car on pense qu'il suffit de "s'entraîner" pour vaincre cette prétendue faiblesse, ce qui n'est pas le cas.
En tout cas très beau poème sur le t'aime, c'est pour ça qu'on thème ! ;-)

Lionel Droitecour 23/05/2015 11:50

Mon cher Avis,
Pour être incontestablement de ces balaises, tu n'es en aucune façon, néanmoins, de ces cornards...
Et c'est toujours avec plaisir que je reçois tes corrections, puisqu'elles portent avec elles le sceau de l'amitié.
Ne cesse donc point, elles me sont, tu le sais, naisse et sert.
Et vive l'homophonie relative, vive l'amarre chez Line.