Sonnette

Publié le par Lionel Droitecour

... La sonnette, je crois, stridulation tranchante et crue dans l’air malsain ...

... La sonnette, je crois, stridulation tranchante et crue dans l’air malsain ...

J’étais tout interdit qu’il s’approche et me touche
En la classe déserte, où, seuls, en pénitence,
Nous étions retirés pour cause de dispense.
Il était cauteleux, ses mains, sèches et froides

Insinuées dans mon col, me pinçaient ; ses doigts roides,
Méchants oiseaux de proie déchiraient, quand j’y pense,
Des lambeaux de mon âme arrachée à l’enfance.
Il parlait à mi-voix et les mots, de sa bouche,

Comme des tentacules engluaient ma figure.
J’étais comme une biche affolée, aux abois,
Et le souffle coupé. La sonnette, je crois,

Stridulation tranchante et crue dans l’air malsain,
Rompit brutalement ce pervers entretien,
Le dégrisant, soudain, de sa pulsion impure.

juillet 2006

Publié dans Résilience

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Lionel Droitecour 23/06/2015 10:02

Je répons ici à Luma et à l'Avis ( à la population )
Vous l'avez compris, bien sûr, ce poème n'a rien d'une fiction, il s'agit d'un souvenir.
J'ai pris conscience ( fort tard, en vérité ) que face à ce type de situation, si les enfants sont sans défense, ils sont aussi sans mot, sans parole, sans représentation. Il faut des lustres pour s'en relever.
C'est pour cela que j'essaye modestement de prendre ou plutôt de rendre la parole à ces petits grandis qui demeurent dépourvus, carencés une grande part de leur vie.
J'ai d'autre part plusieurs de mes connaissances qui mon dit avoir subi, dans leur enfance, des attouchements autrement plus graves.
Ce qui me sidère, en vérité, c'est que les mômes qui en ont été préservés semblent plutôt avoir été l’exception que la règle.
C'est cela qui est effrayant.

Luma 23/06/2015 09:19

"Comme des tentacules engluaient ma figure.
J’étais comme une biche affolée, aux abois,
Et le souffle coupé. La sonnette, je crois,

Stridulation tranchante et crue dans l’air malsain,
Rompit brutalement ce pervers entretient,
Le dégrisant, soudain, de sa pulsion impure."

Souffrance très bien traduite dans ton texte...

Et , parfois , cette sonnette qui devait être libératrice était encore un moyen supplémentaire de chantage jouissif pour l’adulte et douloureux pour l’enfant que j’étais aussi : « si tu continues à pleurer , je t’enferme dans la classe jusqu’à notre retour cette après-midi … ».

L’angoisse d’abandon pour l'enfant vulnérable , car en construction, en apprentissage ..., était alors à son maximum…
D'autant plus que presque jamais l'adulte pervers ne s'excusera de son dérapage ..et l'enfant alors insécurisé portera cette faute comme étant la sienne ..

Avisferrum 23/06/2015 07:48

Un poème très prenant, on y ressent l’oppression et le désarroi que génère cette agression, quasiment comme si on y était...
Combien d'enfants ont été détruits par la perversité et l'inconscience d'adultes se laissant hypnotiser par leurs désirs malsains, ne voyant plus du tout la beauté et la pureté de l'innocence qu'ils bafouaient...