En ce verbe obsolète

Publié le par Lionel Droitecour

Katsushika Hokusai, (1760-1849), Soir de pluie à Karasaki, détail

Katsushika Hokusai, (1760-1849), Soir de pluie à Karasaki, détail

Je suis venu ici au défaut d’un vain songe,
Ah, qu’il me soit donné, ce verbe où me déploie,
Seul, en mon vol natif et sans exubérance,
Mais pour la simple joie de vivre et d’exister.

J’étais, dans le silence, accablé de mon être,
Déchu, en quelque sorte et sans nulle espérance,
Et soudain, parvenu aux pentes de l’intime,
Une secrète voix, en moi se superpose.

Certes je t’ai rêvé comme un vain subterfuge,
Et donné mille nom comme autant de parures :
Tu restes ce mystère en l’aube magnanime,
Et je foule ta sente offerte à mon errance.

Je ne poursuis ici aucun but, nul projet,
Un peu comme on respire une brise sans voile
Je bois l’onde épurée que ta parole inspire
Et l’ample solitude en paraît moins cruelle.

Il est tant de non-dits et de soupirs absents,
Tant de ressouvenir en la mémoire telle,
Il me semble parfois que je suis un tombeau,
Ma ritournelle étrange y semble un falsetto.

Mon antique crécelle est grevée de chagrin,
Bourrelée de remords mon âme mercenaire,
Et je traîne un destin de vagues équivoques
En la rade sans fruit où la nef appareille.

Ma croisière s’imprime au vol lourd des nuées,
Je passe sur la terre ainsi l’averse rare,
Sitôt évaporée devant l’astre naissant
Où la mortelle essence en son jour disparaît.

En moi l’instant se meurt en la machine humaine,
Et je me vois périr avec lui dans le temps,
Je n’ai d’autre recours, en ce verbe obsolète,
Qu’une rime imparfaite en ma débile main.

janvier 2015

Publié dans Le temps

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