En l’éternel miroir

Publié le par Lionel Droitecour

... Il est temps que je passe, et ma source, chétive, qui va se tarissant coule comme l'on pleure ...

... Il est temps que je passe, et ma source, chétive, qui va se tarissant coule comme l'on pleure ...

Je me suis enivré de musiques, de mots,
Et j’ai vécu la vie des hommes sans passion,
Quoiqu’il en soit mon temps approche de son terme,
Je ne sais rien de plus que ce qui me questionne.

Dans sa trépidation la foule m’environne,
Le monde, devant moi le plus souvent se ferme,
Je ne me connais plus en cette interaction
Où le factice n’est qu’un amas de grumeaux.

Face au bruyant chaos je bouche mes oreilles
J’essaie de retrouver une sente, à l’écart,
Mais le moderne Eden, en sa centrifugeuse,
Ne cesse d’enfanter le vulgaire en sa fange.

Je me sens, ici-bas, comme un vestige étrange,
Né d’un temps révolu qui paraît une gueuse,
La décence, l’honneur, la pudeur et l’égard
Barbouillés de médias en leurs verbeuses treilles.

Je ne me souviens plus si j’ai cru ou rêvé,
Sans doute j’ai aimé, lentement, en silence,
Si je fus, c’est certain, je ne sais où demeure
Le prochain horizon de mon ultime rive.

Il est temps que je passe, et ma source chétive,
Qui va se tarissant, coule comme l'on pleure ;
Si la mousse, effleurée, s’est mouillée de ma stance,
C’est bien assez, déjà, pour un ciel achevé.

Je marche sans dédain dans les travées du soir,
Et la voûte des cieux me parait une invite,
Sans le moindre remord je fermerai les yeux,
Mon espérance emplie d’une douceur mystique.

Dans un vaste concert j’étais une harmonique,
Fétu sans apparat dans un flux mystérieux,
Ne vous désolez pas si demain je vous quitte,
Qui sait ce qui nous sonde en l’éternel miroir ?

juillet 2014

Publié dans Fongus

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Avisferrum 10/09/2015 20:28

Magnifique, vraiment !

Il n'y a au fond nulle tristesse pour celui qui quitte ce monde, si ce n'est de laisser et d'attrister ceux qu'il aime.

C'est ces derniers qui ont du chagrin, le plus souvent parce qu'ils éprouvent un manque et une absence, mais aussi parce que celui qui s'en va leur rappelle leur propre fin et fait surgir en eux la peur du vide.
Mais ce vide-là n'est pas terrifiant pour celui qui a compris que cette vie n'est au fond qu'un rêve, car il s'y immerge déjà sans crainte aucune à chaque fois qu'il dort d'un sommeil profond.

"Je marche sans dédain dans les travées du soir,
Et la voûte des cieux me parait une invite,
Sans le moindre remord je fermerai les yeux,
Mon espérance emplie d’une douceur mystique"

Que dire de plus ?

Luma 02/09/2015 16:35

BOU-ou...
Je pleure ..
C'est trés bien écrit..

Rdv , à la semaine de formation de base du syndicat en octobre ...2015.