Non credo

Publié le par Lionel Droitecour

Nicolas Coustou  (1658-1733), Piéta, Notre Dame de Paris, détail

Nicolas Coustou (1658-1733), Piéta, Notre Dame de Paris, détail

Je ne crois plus en rien, la faucheuse est trop près.
Dans ses voiles de deuil, absurdement diaprés,
Elle ricane trop souvent à mon oreille
Pour qu’un vain candélabre y éclaire ma veille.

Allons, l’aube n’est sûre après le crépuscule,
Tes patenôtres sont un rêve ridicule :
Pense à graver, plutôt, la pierre du sanctuaire
Et prépare le drap dont on fera ton suaire.

Rien ne sert de prier ou de se mortifier,
Creuses sont homélies et l’on ne peut s'y fier
Qu’au prix d’un verbe mort ressassé par des gueux.

Moi, mes éternités sont un songe rugueux,
Qui ne console en rien des hommes et de leur fange
Et d’un enfant mort né se fait un mythe étrange.

février 2011

Publié dans Spiritualité

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flipperine 01/11/2015 19:05

un beau poème

Avisferrum 29/10/2015 09:05

Magnifique texte, cher ami... Inspirant et profond comme si souvent.

"Je ne crois plus en rien, la faucheuse est trop près.
Dans ses voiles de deuil, absurdement diaprés,
Elle ricane trop souvent à mon oreille
Pour qu’un vain candélabre y éclaire ma veille"

Je souris à chaque fois de la bien mauvaise image que tu as de notre amie la Camarde... ;-)
Voilà bien une éternelle incomprise, à laquelle nous attribuons bien volontiers nos propres travers. Car enfin les voiles de deuil c'est nous qui les créons, de même que le ricanement, ils ne sont que des éléments de notre monde intérieur, irréel et fantasmagorique.

Ce que nous nommons "la Mort" est en fait une totale illusion, comment pourrait-il en être autrement vu que nos vies le sont aussi ??
Moi qui l'ai déjà maintes fois fréquenté sais maintenant que son seul credo est : "Réveille-toi ! Sinon même moi, avec mon immense pouvoir, ne pourrai rien faire pour toi, et tu continueras à errer dans le royaume des ombres."

Alors avec bien moins de talent que toi je dirais :

"Un vain candélabre pour éclairer ma veille ?
Mais au fond de mon cœur brillent milles Soleils !" :-)

LADY MARIANNE 28/10/2015 20:06

encore trop triste !!
on vous sent las de souffrir-
mais quelle belle plume ! j'adore votre style !
j'espère vous lire de nombreuses années encore-

Lionel Droitecour 28/10/2015 23:17

Ma seule vraie souffrance est une certaine forme de solitude intellectuelle.
Laquelle, chère Lady, vous contribuez à alléger, ainsi que la vingtaine de lecteurs qui me font l'honneur d'une visite régulière...
Quant au reste des années qu'il vous sera donné de me lire, je veux bien qu'elles soient nombreuses, n'ayant aucune hâte, dans le fond, à plier mes gaules.
Et j'ai encore un peu de matière en réserve dans ma boîte de Pandore...

RoseLys DesDunes 28/10/2015 16:19

Sombre et résigné. Poignant.
C'est étrange cette liberté d’exploitation que vous laissez sur vos mots. Personnellement, j'ai du mal à ne pas les parquer dans ma bergerie ...

RoseLys DesDunes 29/10/2015 09:19

Bonjour ami de plume, plume sombre comme un cygne noir. J'aime que mes mots naviguent et s’amarrent dans des cœurs inconnus mais j'aime aussi tellement que l'on me dise...que l'on aime ou pas. Nos mots trouvent leur nid ici, ailleurs. Leur circulation, leur lecture ne préservent pas du néant non, mais sont comme des fossiles pris dans l'ambre. Posés, enchâssés, vivants...

Lionel Droitecour 28/10/2015 23:09

Bienvenue, chère Roselys, et merci pour ce message.
Quant à cette liberté, que vous évoquez, c’est en vérité un cadeau assez égoïstement offert. Que mes mots circulent, bouteilles à la mer, qu’ils trouvent un havre, un port ou une baie, fut-ce à l’insu de leur auteur et bien tant mieux, puisqu’ils voyagent. D’ailleurs je n’ai pas de bergerie et suis un panier percé...
Et puis un ilot de gratuité dans ce monde crucifié par la finance, le profit, la spéculation et l’arrogance du privilège d’argent, n’est-ce pas, à tout prendre, humble dédicace au bonheur de vivre l’instant, un moyen comme un autre de résister au néant ?