Terres infertiles

Publié le par Lionel Droitecour

... Comme terre infertile, en vain, ensemencée ...

... Comme terre infertile, en vain, ensemencée ...

J’ai longtemps ignoré que le beau existait.
J’étais muet alors, quand, touché par la grâce,
Une émotion naissait en mon âme surprise
Devant le clair matin, autant qu'en l’aube grise.

Il n’y avait en moi, pour emplir ce discours
De mots émerveillés comme un tendre recours,
J’étais blessé d’amour, comme cloué sur place,
Conscient d’un vide affreux qui, toujours, m’attristait.

Je sais mieux, désormais, décrire une pensée,
Je peux même gloser devant quelque cénacle
Et paraître savant devant des imbéciles.

Mais au-delà du bruit et des phrases faciles,
Je me sais séparé de l’art et son miracle,
Comme terre infertile, en vain, ensemencée.

novembre 2011

Publié dans Sensation

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flipperine 01/11/2015 19:07

un beau texte

Avisferrum 29/10/2015 15:20

"Le thème de ce poème c’est le manque des mots, au sens du lexique et du vocabulaire ...."

Hmm... C'était donc cela... Comme quoi on ne peut pas toujours tomber juste dans l’interprétation de tes poèmes, mais ça je le savais ! :-)

Quant aux mots... Il y en aurait des choses à dire... Comme l'indique si justement le titre de ton beau texte ils sont un peu comme des graines qu'on sème, s'ils tombent dans un terreau fertile ils donnent des fruits, délicieux ou amers, parfois même ils bâtissent des empires !

Leur pouvoir est colossal, et nous nous laissons si facilement hypnotiser par eux, nos "dirigeants" l'ont bien compris, qui ne cessent de nous abreuver de leur baratin avec l'aide servile de leurs "merdias" et nous mènent là où ne ne voulions pas aller...

Un mot peut-être comme un petit "programme" injecté dans notre psychisme, et certains ont un effet quasi immédiat, "cancer" par exemple, que nous connaissons (malheureusement) si bien...
Avant j'étais juste souffrant, pas bien, mais dès que le mot apparait c'est de suite autre chose !
Rien n'a changé, mais pourtant en une seconde TOUT a changé, et c'est le mot qui a créé ce changement radical. Si ça se trouve c'est une erreur de diagnostic, ils ont pris par erreur le dossier du voisin, peu importe, le seul fait de prononcer ce mot change instantanément ma vision du monde.

Et ce n'est qu'un exemple parmi des milliers d'autres, c'est pourquoi le mot est important pour s'exprimer, communiquer, se comprendre mais en aucun cas pour se forger une vision du monde, car souvent au lieu de nous rendre lucide il nous ferme à toute possibilité de regard juste et objectif. Il est un panneau indicateur, mais une fois qu'on a vu la direction il faut s'en affranchir pour pouvoir avancer.

La poésie c'est différent, souvent de par le choix de ses mots et la beauté de son expression elle laisse la porte ouverte et chacun peut la franchir pour voir ce qu'il a envie de voir, le contraire de la "pensée unique".
C'est ce qui en fait le charme et la force, et c'est pourquoi on aime fureter sur ton blog ! :-)

LADY MARIANNE 29/10/2015 09:44

je ne saurais interpréter ce joli poème très dur envers toi !
j'espère ne pas faire partie des imbéciles ! lol
bonne journée-

Lionel Droitecour 29/10/2015 11:13

Le thème de ce poème c’est le manque des mots, au sens du lexique et du vocabulaire.
Ni la Lady, ni l’oiseau n’en sont privés, à l’évidence, au regard de leurs commentaires, ils ne sauraient donc être du cénacle évoqué ici...
Je suis toujours frappé de constater que beaucoup de mes contemporains, face aux événements de leur vie, sont comme dénués de parole. Ils ressentent les émois, les douleurs, les élans, mais n’ont pas de mots pour les faire rimer avec leur être profond.
La poésie est le lieu de passage entre le dit et le vécu, le verbe et sa mise en abyme. Je me rêve dans le rôle du passeur, non pas à l’image de Charon qui mène les âmes défuntes vers le royaume de morts, mais peut être plutôt à la manière d’un gondolier conviant les amours aux fêtes de l’esprit.
Le risque étant, bien sûr, d’un peu trop s’écouter parler...
Puisqu’ « au-delà du bruit et des phrases faciles » nous demeurons des séparés, que seule la représentation, le théâtre des mots, peut réunir, un instant, à la table du banquet des poètes.

Avisferrum 29/10/2015 08:27

"Conscient d’un vide affreux qui, toujours, m’attristait"

Tu étais simplement plus lucide que les autres, car si on y réfléchi bien ce vide existe en tous ceux qui sont séparés de leur être véritable, c'est à dire (presque) nous tous !
Seulement la plupart d'entre nous arrivons à le masquer par un tas d'activités et de "passions" terrestres, futiles et éphémères, qui nous donnent l'impression d'avoir une "vie bien remplie" alors que ce ne sont au fond que des ersatz servant à nous faire oublier notre vacuité... et vanité !

Regarder ce vide en face est le premier pas vers la libération, comme l'indispensable question : "Qui regarde ?"

Très joli poème en tout cas, merci !