À l’onde et à l’abîme

Publié le par Lionel Droitecour

Thomas Moran (1837-1926), Moonlit Shipwreck At Sea, détail

Thomas Moran (1837-1926), Moonlit Shipwreck At Sea, détail

La rame sur ses rails, en son vagissement,
Rapide, exaspérée, suit la course du temps ;
Avant, toujours avant, comme un entêtement,
J’étais, je suis, serai vivant, et pour longtemps.

Au quotidien, continument, le firmament
Couronne longuement, de son linéament
Élans, nos cœurs cognant, céans, furieusement
Contre l’horloge et son carcan de dénuement.

Aimants, ne sommes-nous, béant, qu’un battement,
Distance,
infiniment, de ce corps discordant,
Elingue s'épousant à tous les gréements ?

Pour la coque frappée de nos vains errements,
Comme paquets de mer, vagues en leur mordant,
L’onde est comme l’abîme et l’horizon nous ment.

février 2013

Publié dans Le temps

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Avisferrum 06/11/2015 14:41

"C'est là qu'est le mensonge et, certes, l'horizon nous ment puisque l'abime nous attend.
Il importe donc de voir l'abime en face et de s'y préparer. Ce n'est point pessimisme, mais lucidité..."

Cher Lionel... Tu sais sans l'ombre d'un doute que je ne peux QUE réagir à ce commentaire, ou alors je ne serai plus Avisferrum, le volatile (dans tous les sens du terme) ferrugineux !

C'est le mot "abîme" qui m'interpelle, car la plupart des lecteurs vont imaginer un gouffre sans fin, obscur et ténébreux... Certes le terme a une signification plus large, et du coup je préfère retenir cette belle phrase trouvée sur le site "cnrtl.fr" que tu m'as fait découvrir :

"Or, le rêve, la poésie, toutes les révélations de l'inconscient ont justement ce prix inestimable : ils nous arrachent à notre solitude d'individus séparés, nous mettent en communication avec ces abîmes intérieurs qui ironisent la vie de la surface, et qui sont en mystérieuse communication avec notre destinée éternelle".
A. Béguin, L'Âme romantique et le rêve,Essai sur le romantisme allemand et la poésie française, 1939p. 122.

Ouf... Là ça va déjà mieux ! :-)

flipperine 05/11/2015 18:27

une belle comparaison entre l'homme et la mer

LADY MARIANNE 05/11/2015 15:10

l'horizon nous ment est très dur comme fin de poème-
en 2013 , j'espère que vous allez mieux-
bonne journée-

Lionel Droitecour 05/11/2015 15:39

Nous sommes un peu commes ces marins de Christophe Colomb qui craigaient, arrivés au bout d'un monde plat, de tomber dans un abime. A ceci près, désormais, que nous savons que la terre est ronde et que l'horizon, sans cesse, recommence.
C'est là qu'est le mensonge et, certes, l'horizon nous ment puisque l'abime nous attend.
Il importe donc de voir l'abime en face et de s'y préparer. Ce n'est point pessimisme, mais lucidité...