Cinq cents lignes

Publié le par Lionel Droitecour

... Ils furent notre abri et sont morts désormais, parents qui nous juchaient si haut dedans leur bras ...

... Ils furent notre abri et sont morts désormais, parents qui nous juchaient si haut dedans leur bras ...

Je sais son nom, Bonin, cette vieille salope
Qui giflait les enfants au cours élémentaire,
Hurlant comme une folle et semant la terreur
Dans l’âme des petits ; qui pissaient dans leurs lits,

La nuit, de peur du lendemain et de ses cris.
Moi qui étais si sage et si plein de candeur
Qu’avais-je fait, grand dieu, pour braver sa colère ?
Empoignant mes cheveux et, galope, galope,

Les calottes pleuvaient, cavales sur mes joues.
« Cinq cents lignes, cinq cents ! Pour demain, entends-tu ! »
La tête me sonnait comme dans un beffroi,
À deux pas de chez moi, j’en sanglotais encor.

Dans le cahier ligné, crispé sur mon effort,
Je commençais ma peine, comptant avec effroi
Les pages qu’il faudrait et tout ce temps perdu
Et ma main douloureuse, et mes paupières floues.

Quand mon père est rentré au cœur de ce désastre
J’étais près de cinquante, il dit « Ca suffira ! »
Et fronçant le sourcil « Je t’accompagnerai,
Demain, on verra ça ! » Mon souvenir s’arrête

Au ciel de cet édit. Leur mains dessus nos têtes
Ils furent notre abri et sont morts désormais,
Parents qui nous juchaient si haut dedans leur bras
Que nos regrets, parfois, recherchent tel un astre.

août 2008

Publié dans Souvenirs

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Avisferrum 30/01/2016 13:48

Magnifique, ce poème... La force tranquille du père, calme et protecteur devant l'injustice subie par son enfant... on aurait bien voulu assister à la confrontation du lendemain ! :-)
Cette forte figure paternelle me fait penser à mon ... grand-père, qui a endossé ce rôle pour moi.
Il reste dans ma mémoire cet astre qui - inconsciemment - me guide encore vers la Force et la Lumière.