Motum perpetuum

Publié le par Lionel Droitecour

Maurits Cornelis Escher (1898-1972), Douze oiseaux, 1948, détail

Maurits Cornelis Escher (1898-1972), Douze oiseaux, 1948, détail

1.
Quelque chose de lent, en moi, malgré la presse.
Je résiste, patient, à cet emballement,
Motum perpetuum et accelerando,
Elan non maîtrisé qui ne va nulle part.

Je recule toujours l’instant de mon départ.
Je ne veux un appui mais un long glissando,
Ainsi que sur la corde, chromatiquement,
Descendre cette gamme en une molle ivresse.

Andante suffira mais surtout pas presto,
Il est en ma musique en retard en l’accord,
Je ne veux me résoudre en cette consonance,
Restant sur la sensible plus qu’il ne convient.

Aussi, parfois, l’écho d’un poème survient
En cette mélopée qui parle de l’enfance ;
Que m’importe le monde au son d’un faux raccord,
Je prend mon dû au pas de cet allegretto.

2.
Sur ma portée il est de douces harmonies,
Je m’essaye, parfois à ces polyphonies,
Haro sur le bruit des algarades honnies :
Je veux des concerti ou d’amples symphonies.

3.
Là, dans le tintamarre et son vulgaire accent,
J’irai, chantant mon thème intérieurement,
Une tierce mineure, une intense septième,
Où suis-je dans le lieu de ces rapports parfaits ?

Il est tant, sur mes pas, de visages défaits,
Courses inabouties en l’antépénultième,
D’âmes en pénuries, si précipitamment
Rejetées dans l’obscur où l’être condescend.

Mais si peu de concerts en cet âpre dialogue,
Le soliste se perd en l’absurde coda,
Il n’est plus que rumeurs au son d’une cadence
Qui ne rejoint, vénale en cela, que le vide.

Là, dans le cercle abscons d’une trame lucide,
Silencieusement je chante, connivence,
Avec le ciel serein où mon cœur s’accorda,
Jadis, au chœur intime où songe un monologue.

avril 2015

Publié dans Musique

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