Sarabande BWV 825

Publié le par Lionel Droitecour

... Ainsi, dans l’onde calme où s’élevait ma plainte, j’errais, passant heureux aux lisières du monde ...

... Ainsi, dans l’onde calme où s’élevait ma plainte, j’errais, passant heureux aux lisières du monde ...

(Inspiré de la première partita, BWV 825, de Johann Sebastian Bach)

1.
J'écoutais, ému, la première partita
De l'illustre Cantor Johann Sébastian Bach.

On jouait gravement la lente sarabande
Que j'avais entendue cent fois, en contrebande ;

Disques, fichiers copiés, dupliqués au hasard
Sur la toile, ce net que chacun pirata.

2.
Encre jadis tracée, taches sur les portées,
Partitions imprimées aux mains de l'interprète ;

La salle de concert où bruissaient des amours,
Puis l'enregistrement, miraculeux rebours.

Cire, rouleaux, radios, où s’enivre l’esthète,
Numériques fractales, partout exportées.

3.
Dès lors s’évanouit, soudain, toute distance,
D’une musique ancienne les accents nouveaux

S’en viennent émouvoir un cœur bouleversé,
Vibration renaissante en l’Hadès traversé.

Et de la Parque aveugle les amers ciseaux,
Ne tranchent les contours de l’âme en sa substance.

4
Certes, la fugue naît d'un inachèvement,
Tant d’œuvres oubliées, tant de poème morts.

Mais, l’espace d’un cri Orphée, toujours vainqueur,
Joint à sa solitude un innombrable chœur,

Et notre souffle y passe, exhalant ses remords,
Promesses entravées d’un bref linéament.

5.
La sarabande, alors, du vieux Bach de Leipzig
Ouvrait en cet instant une source nouvelle ;

Saisit, comme en ce jour de ma première écoute,
Il me semblait moins lourd, le pas de ma déroute.

Rasséréné j’allais, en la sente éternelle,
Porter le doute abscond d’un prochain hémistiche.

6.
Et poète sans joie que la musique abonde,
J’avais trouvé un port en la fugace étreinte

Qu’un jeune musicien, dans l’au-delà du jour,
M’offrait, en l’aléa de ce précieux séjour.

Ainsi, dans l’onde calme où s’élevait ma plainte,
J’errais, passant heureux aux lisières du monde.

mai 2015

Lorsque j’ai découvert, par les voies si pénétrables de l’internet, le pianiste Piotr Anderszewski, j’ai eu ce sentiment immédiat de reconnaissance qui nous saisit, parfois, face à une interprétation nouvelle.
Ce jeune homme, me suis-je dit, joue le clavier de Bach comme j’ai toujours rêvé de l’entendre.

Ce poème est le modeste fruit de cette rencontre virtuelle.

Publié dans Musique

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Lionel Droitecour 29/01/2016 05:29

Oui, en effet, la matrice me joue parfois des tours, heureux de voir, mon cher avis, que tu ne te laisses pas démonter pour Autan ... Sinon, pour moi, les hostilités ne vont pas tarder à démarrer. À tantôt, mon cher camarade...

Avisferrum 28/01/2016 23:06

La vidéo n'est pas accessible, dommage, en voici néanmoins une autre, même pianiste, même musique :

https://www.youtube.com/watch?v=CEsbn-cUEXQ

Une très belle interprétation !