Cales sèches

Publié le par Lionel Droitecour

Claude Joseph Vernet (1714-1789), Un port sous la lumière de la lune, détail

Claude Joseph Vernet (1714-1789), Un port sous la lumière de la lune, détail

1.
À belles dents, jadis, nous croquions la vie belle,
Jeunesse, dans l’obscur, en sa vive étincelle
Et notre écho sonore, acharné à se dire,
Bruissait à tout propos, sans autre but que bruire.

Nous étions ce ruisseau enivré de sa course,
Sous l’aurore promise au seuil de la grande ourse,
Marée sans cesse offerte aux horizons lointains
Qui montait de la terre, à portée de nos mains.

Libres, puisque sereins, appareillaient nos cœurs
Vers une voie lactée tracée dans les hauteurs,
Nous étions ce magma qui pulse en l’univers.

Il nous advint, depuis, tant de troubles revers,
Que beaucoup sont restés à quai au long des ports,
Accastillés, toujours, à leur vague remords.

2.
Puisque la vie nous prend ce qui nous fut si cher,
Cet élan primordial qui monte de la chair,
Puisque, souvent, la brise emporte nos chimères,
Certitudes enfuies d’imprécises lisières ;

Puisque le quotidien dans sa marche forcée
Use nos frondaisons, comme l’âme, écorcée,
Que le temps nous élague et dessèche l’aubier
Et piétine nos joies, pour en faire un bourbier ;

Puisque, seul et déçu devant la multitude,
Nous allons, sans projet au chant de l’habitude,
Pour vendre au jour vorace un peu de notre sève ;

Lors, portant nos déclins au déchant d’un vieux rêve,
Incertaine moisson d’une vague fortune,
Nous serons cette ivraie que l’espoir importune.

novembre 2010

Publié dans Marine

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Avisferrum 11/02/2016 22:11

Beau poème et belle illustration, je confirme ! :-)

LADY MARIANNE 10/02/2016 16:33

un beau poème comme à ton habitude-
le tableau est superbe avec les coins lumières et ombres-
j'espère que ça va !! amitiés-