Vagues murmures

Publié le par Lionel Droitecour

Jan Van der Meer, dit Vermeer (1632-1675), Vue de Delft, détail

Jan Van der Meer, dit Vermeer (1632-1675), Vue de Delft, détail

Vagues murmures

Quand je m’endormirai, serein devant la nue
Et tout persuadé de ma gloire posthume,
Je n’aurai nul remord et la muse, farouche,
S’en viendra adouber ma dépouille terrestre.

Au reste, qu’en saurai-je ? Eteint dedans mon être,
Tas de viande adipeuse en son ultime couche,
Je ne serai plus rien, ou, de ce peu d’écume,
Une âme s’il convient, en sa forme ténue.

Où donc sera ce « moi » que le corps emprisonne ?
De quelque émanation que je sois devenu
Il ne restera rien que d’obscure entité,
Où je serai absent, de toute éternité.

Croire est le seuil ardent de notre vanité,
Infime particule, absurde quotité,
Energie voyageant dans l’éther froid et nu,
En l’au-delà, peut-être, une onde qui frissonne.

Resteront-ils, ces mots que je trace à tout-va,
Vain scribe sans lecteur, poète sans recueil,
Auteur à minima de son maigre opuscule,
Vagabond dans l’espace aux travées du langage ?

Allons, je m’en console et ne veut nul bagage
Il est temps de humer, fragrance au crépuscule,
Cette vague éblouie qui épouse l’écueil :
Je ne suis rien de plus en l’obscur canevas.

L’émotion n’est donnée, dans la brume du temps,
Que pour offrir au ciel, reflet à contrejour,
Notre espérance insane effilochée aux cieux,
Pareille à la rumeur du vent dans les ramures.

Ainsi en sera-t-il de nos vagues murmures,
En l’absence évasée de cet être précieux
Evadé sans rebours de l’intime séjour
Manne éperdue de sens et muette aux soirs instants.

juin 2015

Publié dans Spiritualité

Commenter cet article

Avisferrum 27/02/2016 17:06

Très beau poème, mon ami, tu te doutes que sa teneur ne peut que m'inspirer ! :-)

"Au reste, qu’en saurai-je ?"
Tu le sauras...

"Où donc sera ce « moi » que le corps emprisonne ?"
Vaste question, en effet, tout dépend de ce que l'on appelle "moi"... En général c'est notre égo, le moi terrestre, qui selon les témoignages des "revenants" subsiste un temps après avoir quitté le corps...

"Croire est le seuil ardent de notre vanité"
Si tu entends par ce joli vers la croyance en un monde invisible et la survivance de l'âme, mon avis est que la croyance la plus vaine est bien celle qui consiste à penser que nous ne sommes qu'un amas de chair, animé par on ne sait quelle énergie qui disparaîtra avec lui !
Il est évident pour moi que cette énergie survivra au corps, maintenant sous quelle forme...Intelligente sans nul doute, spirituelle probablement, individuelle peut-être !
La chair elle-même n'est-elle pas pure vibration ? Cela fait belle lurette que même la science matérialiste l'a constaté, la matière n'a en réalité pas vraiment de consistance, elle n'est faite quasiment que de vide... sauf si notre "interface" (ADN) est réglée de manière à la considérer comme solide ! :-)