Terre rouge, sang d’ocre

Publié le par Lionel Droitecour

Antoniucci VOLTI (1915-1989) Femme assise en terre cuite

Antoniucci VOLTI (1915-1989) Femme assise en terre cuite

Mais rien ne nous libère, en ce monde de fer,
Où, sans cesse payé d’une amère illusion
Nous avançons, sujets d’un asservissement
Voulu par le puissant qui fait sa martingale.

Tout nous est devenu une absurde fringale,
De se duper soi-même, en cette enfouissement,
On se fait un destin d’une désillusion,
Du ciel un paradis qui ressemble à l’enfer.

Prêts à vendre notre âme à ce peu de confort,
Abrutis sans arrêt par la machine à rêve ;
L’homme est un œil géant, fermé, car grand ouvert
Sur un réel factice habillé de lumière.

Et la télévision, matrice d’une ornière,
D’insensibilité nous dresse le couvert ;
D’un songe divertit, par la parole brève,
Nous sommes ce néant avili par le fort.

Le mensonge criant voulu par le médiocre
Triomphe en chaque stase de notre inconstance,
De Panurge nous sommes le bêlant troupeau
Qui passe en cataracte au projet de l’abime.

Est-il encore un peuple où la pensée s’intime,
Un idéal surgi incarné sous la peau,
Quand se lèvera-t-il, le vent de délivrance,
En notre argile instruit, terre rouge et sang d’ocre ?

juillet 2013

Publié dans Citoyen

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Avisferrum 09/04/2016 15:00

Voilà bien un poème comme je les aime, cher ami, un pur gnostique n'aurait pas mieux écrit !

"Prêts à vendre notre âme à ce peu de confort,
Abrutis sans arrêt par la machine à rêve ;
L’homme est un œil géant, fermé, car grand ouvert
Sur un réel factice habillé de lumière.
Et la télévision, matrice d’une ornière,
D’insensibilité nous dresse le couvert"

Comment ne pas faire le rapprochement avec un dialogue du mythique "Matrix", dans lequel Morpheus révèle à Neo la nature de la Matrice :

"Morpheus : Je vais te dire pourquoi tu es là. Tu es là parce que tu as un savoir. Un savoir que tu ne t’expliques pas mais qui t’habite. Un savoir que tu as ressenti toute ta vie. Tu sais que le monde ne tourne pas rond sans comprendre pourquoi mais tu le sais. Comme un implant dans ton esprit. De quoi te rendre malade. C’est ce sentiment qui t’a amené jusqu’à moi. Sais-tu exactement de quoi je parle ?

Neo : De la Matrice ?

Morpheus : Est-ce que tu veux également savoir ce qu’elle est ?

Neo acquiesce.

Morpheus : La Matrice est universelle. Elle est omniprésente. Elle est avec nous, ici, en ce moment même. Tu la vois à chaque fois que tu regardes par la fenêtre, ou lorsque tu allumes la télévision. Tu ressens sa présence lorsque tu pars au travail, quand tu vas à l’église, ou quand tu paies tes factures. Elle est le monde qu’on superpose à ton regard pour t’empêcher de voir la vérité.

Neo : Quelle vérité ?

Morpheus : Le fait que tu es un esclave, Neo. Comme tous les autres, tu es né enchaîné. Le monde est une prison où il n’y a ni espoir, ni saveur, ni odeur. Une prison pour ton esprit."