En l’aube délivrée

Publié le par Lionel Droitecour

... Et je vais aux sentiers dont la route est peu sûre, à l’aventure, non, mais à la découverte ...

... Et je vais aux sentiers dont la route est peu sûre, à l’aventure, non, mais à la découverte ...

Non, je n’ai pas été celui-là, déluré,
Qui hante le réel et, de sa voix sonore,
Bouscule dans la foule une houle funèbre.

J’ai bien été, plutôt, qui parle en la ténèbre,
Celui-là murmurant son ode qu’on ignore
À la nuit pleine d’ombre, à l’embrun épuré.

Plus que le bruit hâbleur j’ai aimé le silence,
Le prélude discret plutôt que la fanfare,
L’obscurité, toujours, à la clarté solaire.

Je ne me trouve en ce mensonge unipolaire
Proclamé aux médias dont l’onde nous égare,
Je me sens étranger à toute connivence.

Et je vais aux sentiers dont la route est peu sûre,
À l’aventure, non, mais à la découverte,
Sans certitude aucune en chaque hésitation.

La mort, certes, sera une consolation,
Dissoudre l’imparfait devant la tombe ouverte,
Et fuir l’humanité et sa creuse nature !

Mais n’y pas revenir, jamais ! Cette matière
Animée d’un vain songe et battue de violence
Au gré d’un cœur qui boîte son glas sur sa grève

Est une forfaiture. Oh, certes, j’eus mon rêve,
J’ai aimé et j’ai cru, mais sitôt qu’on s’élance
Le mal s’en vient tarir la prochaine lisière.

Et rien qui ne demeure en cette rive amère
Sinon que dans le fiel de la dérision,
Puis paraître, faraud, pour se donner le change !

Ainsi ne sommes nous que cette espèce étrange,
Qui se renie toujours, et forge sa vision
D’un idéal trahi en la source éphémère.

Mais l’étreinte joyeuse où chaque main se tend,
Au labeur de l’amour la promesse éblouie,
Dans le seuil fraternel le partage à renaître ?

Je ne sais plus y croire en ce redan de l’être,
S’il est une sagesse, en cette terre, enfouie,
Il est tant de remord, et de tristesse tant...

Oui, refleurir peut-être aux possibles rameaux,
Pour tenter à nouveau, en la rive sereine,
Le voyage au long cours de l’âme en déshérence ?

Je l’ai tant fredonné ce chant de l’espérance
Dessous la voûte ombreuse aux arceaux de ma peine,
Et j’ai tant rapproché la rime de mes maux.

Mais je n’ai rencontré que la désillusion,
Au chant de marche il est, inscrite, une complainte,
Et l’élan qui nous porte, en lui, porte sa fin.

Tant pis, j’irai toujours en ce transport, enfin,
Où la lutte se perd, elle est belle l’étreinte,
Même dans la défaite il est une effusion !

Allons, marchons l’ami, nous serons camarades,
Au moins pour quelque instant nous ferons l’unité,
Volages, nous irons où demain va mourir.

Je ne sais si la fleur, où mon corps va pourrir,
Va lever au terreau de la fraternité,
Ou sur le mur ruiné de nos vieilles lézardes.

Mais au cœur du poème il est une livrée
Que le poète même, histrion de fortune,
Méconnait en sa main qui trace l’humble rime.

Et c’est en l’avenir, que sa parole intime
La perspective absconse où se forge une rune,
Verbe d’un chœur à naître en l’aube délivrée.

Lionel, 21 février 2015

Publié dans Citoyen

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paspier 03/05/2016 16:16

Bonjour ,
Si vos roses ne plaisent à Ronsard , c'est alors lui la ronce .
Un mot sur la grume , d'en avoir ébranché nombre ...
La grume fait planches , la bûche fait feu
Foi d'ex bûcheron , poètereau à son temps perdu .
Soignez-vous , courage .