Comme les arbres

Publié le par Lionel Droitecour

Katsushika Hokusai, (1760-1849), le lac Suwa, province de Shinano, détail

Katsushika Hokusai, (1760-1849), le lac Suwa, province de Shinano, détail

Je ne sais ce qu’en moi j’espère
Mais connais ma désillusion,
Elle est ma borne, mon repère,
Ma fracture et mon élision.

L’avenir est un vain mensonge,
Promesse de déconvenue,
Le passé, le présent : un songe,
Souffle du vent dessous la nue.

Nulle destinée nous attend,
Rien que la mort en son linceul,
Matrice en la forme du temps.

Cadavre à gésir sous les marbres,
En ce corps, intimement seul,
Nous sommes nus, comme les arbres.

janvier 2014

Publié dans Le temps

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Avisferrum 01/07/2016 22:13

Je savais qu’avec ce commentaire je mettrais dans le mille et en effet ta réponse est à la hauteur de mes attentes, en guise de « courbe-longue » j’ai eu droit plutôt à un missile Exocet, si on jouait à la bataille navale ce serait le moment où je bafouillerais un truc du style « contre-torpilleur coulé » ! :-D

J’aime bien te provoquer un peu en toute amitié, car tes réponses sont toujours intéressantes elles m’ouvrent des perspectives nouvelles ou me font réexaminer mes propres croyances.

Le principal point d’achoppement entre nous semble être l’existence - ou non - de quelque chose qui transcenderait la matière, fut-elle dense ou subtile.
Le « oui » et le « non » sont bien sûr tous deux des croyances, car s’il est difficile voire impossible de prouver qu’une telle chose existe il l’est tout autant de prouver le contraire.

Chacun se retrouve donc avec son propre ressenti et ses propres conclusions, basées sur son vécu, ses lectures, son entourage etc. pas forcément son éducation, car de ce point de vue je devrais être le plus endurci des matérialistes !

Je t’avouerais qu’il m’étonne toujours que tu ne sois pas ouvert à ce que je nomme une spiritualité, ton amour de la grande musique et surtout de JS Bach t’y prédispose pourtant grandement, mais ce n’est pas un jugement, à ta manière tu es d’une haute spiritualité même si tu t’en défends, simplement tu rejette à juste titre les conditionnements religieux et philosophiques, quitte parfois à jeter l’enfant avec l’eau du bain !

Sur la nature de la conscience je n’ai pas la prétention de la connaitre et encore moins pouvoir l’exprimer en quelques lignes.
D’après mon ressenti actuel c’est le sentiment d’exister, le « Moi » (pas l’égo !), le témoin… Je dirais que tout ce qu’on peut observer, percevoir, analyser n’est PAS la conscience, car cette dernière est ce qui perçoit et non le perçu.
Ce « Moi » n’est pas lié au corps physique, le phénomène du « voyage astral » le prouve, et j’ai connu des personnes qui avait expérimenté ces sorties du corps.
Ceci dit en passant, car le corps astral n’est pas la conscience non plus, juste une enveloppe un peu moins dense.

Sur la nature de l’illusion je dirais : ce qui diffère totalement de ce que ça semble être. La matière en est un exemple concret, car même la physique arrive à la conclusion qu’elle est constituée à 99.99 % de vide, et encore n’a-t-on jamais localisé avec certitude les 0.01 % restants !

Tout est-il illusion en ce monde ? Oui et non, oui parce que ce que nous voyons est une espèce de programme, d’hologramme, non parce qu’au fond même cette illusion fait partie d’une réalité plus vaste.

Je prends (le mauvais) exemple d’un jeu vidéo. Si j’étais un personnage de ce jeu je pourrais dire à juste titre « je suis illusion ».
Pourtant j’aurais quand même une existence réelle, par le programme existant physiquement, par des lignes d’écriture etc. mais quelqu’un qui verrait ces choses ne ferait pas du tout le rapprochement avec le personnage que je représente.

C’est un peu comme ça que je vois notre existence : le « Moi » prend une forme, endosse un rôle pour expérimenter ce monde, seulement il s’est tellement identifié à la forme qu’il en a oublié ce qu’il était réellement.

Tout cela me parait tellement évident, pas dans l’espoir futile de survivre à ma mort future, mais parce que tout mon être se cabre à l’idée que nous sommes un tas de barbaque, un amas de cellules né d’un hasard bizarroïde, une bactérie qui prend un coup de jus et se met à se multiplier pour devenir quelques milliards d’années après un JS Bach en train de composer des musiques tellement incroyables qu’elles ne semblent nous ouvrir les portes célestes !

Ceci dit, pour répondre à ton affirmation : oui, bien sûr, je fais moi aussi partie de l’illusion, je ne le nie pas ! :-)

Là où je partage ton opinion est sur le fait qu’il faut partir du connu, c’est-à-dire de ce que nous sommes en ce monde, pour atteindre l’inconnu.
Car l’inconnu ne peut par définition pas se concevoir, se l’imaginer est donc impossible.
Mais, me diras-tu, pourquoi vouloir atteindre un « inconnu », pourquoi ne pas se contenter de ce que nous sommes (ou croyons être) ??

Je n’ai pas la réponse, je sais juste que cette aspiration est en bon nombre d’hommes (pas tous), en toi aussi, cher ami, sauf que tu l’appelles autrement.

Toi aussi vois que notre existence n’est pas satisfaisante, que toute cette souffrance n’est pas « normale » si je puis dire et que décidément il y a quelque chose de foncièrement tordu et pervers en ce monde.

Si tu étais entièrement de ce monde comment le verrais-tu ?

Sujet intéressant pour une prochaine conversation « de visu » que j’espère prompte, je m’en réjouis à l’avance ! ;-)

Avisferrum 30/06/2016 22:06

"Nulle destinée nous attend,
Rien que la mort en son linceul"

Hmm... comme dirait les ancêtres normands de mon épouse "P'têt' ben qu'oui, P'têt' ben qu'non" !

Moi je dirais plutôt que c'est la mort qui n'existe pas, la conscience est indestructible. Ce qui meurt en apparence sont nos corps et nos personnalités, mais ce ne sont que des créations fugaces et illusoires.

Le vrai défi de notre vie est de ne plus s'identifier à ces formes passagères.

Lionel Droitecour 01/07/2016 12:29

« ...la conscience est indestructible... » ???
Pourquoi, comment, d'où tiens-tu de telles certitudes ???
Croyances, que tout cela, et tu sais à quel point j'y résiste... Et puis qu'est-ce donc, la conscience sinon le sentiment d'être en soi, et d'en posséder la connaissance par tout ce que tu nommes « illusion » ?
Si « tout n'est qu'illusion », ce « tout » englobe vraiment tout, y compris celui qui professe cette maxime, de quelque point de vue qu’il se place, sous quelque forme de spiritualité que ce soit.
Ainsi, à la fin, notre néant se referme-t-il sur lui-même, et le vide absolu de l’illusion règne-il sur notre inexistence.