Indigente paume

Publié le par Lionel Droitecour

Émile Pierre Betsellère, (1847-1880) Mendiant jouant de la guitare, détail

Émile Pierre Betsellère, (1847-1880) Mendiant jouant de la guitare, détail

La musique est la somme, où la grâce veut croitre,
Des silences rompus par un désir sonore ;
Par la main qui bondit, charnel pizzicato,
Qui pince la chair nue dans le corps harmonique ;

Par les voix réunies en l’art polyphonique,
Rassemblées en l’aurore à l’ample legato
Qui salue, dans l’épure, ce songe que j’adore
Pour venir s’incarner sous les voûtes d’un cloître ;

Puis, au bruissant exode en l’unisson factice
Des cordes exultant en leur force native,
Par les violons, alti, violoncelles et basses
Ouvrant l’abime heureux où passe l’âme humaine.

La simple mélodie est l’oubli de la peine,
Les dieux mélancoliques sont de sourdes masses
La pleureuse une folle à la larme rétive,
Le silence une fosse, un amer précipice.

La musique le prend, en fait, de ses essors,
L'escabelle du beau en ses trames intimes,
La pause où le discours rassemble ses élans
Pour fleurir à nouveau, toujours renouvelé.

Alors le concerto en sa forme, écoulé,
Peut naître de l'absence ; construit sur ces plans,
D’un manque, s’élabore, aigüe comme les cimes
L’évidence d’un songe investi d’un remords.

Et l’œuvre en nous chemine où vont les interprètes,
En l’étrange pays persécuté de bruits
Où le son devient mage et se trouve un royaume
Et fait d’une prison son humble liberté.

Et j’en suis le rêveur sans la moindre fierté
Triste gueux qui mendie, d’une indigente paume,
La miette d’un festin d’ambre, d’ors et de fruits
Où le silence mort s’enchante sur nos têtes.

mars 2016

Publié dans Musique

Commenter cet article

alain l. 21/06/2016 08:01

Beau poème et beau concerto pour commencer du bon pied cette fête de la musique ...
Merci Lionel ...

@t
alain