Baucis sans Philémon

Publié le par Lionel Droitecour

Arthur Rackham (1867-1939) Philémon et Baucis, détail

Arthur Rackham (1867-1939) Philémon et Baucis, détail

Devant moi, jour à jour, je t’aurai vu vieillir,
Jadis, cette promesse nous nous l’étions faite,
De ne point nous quitter : l’amour est éternel,
Au moins pour les amants dans la fête d’aimer.

Certes, face à nos mains l’avenir peut germer,
Il encore un lieu où battre le rappel,
Rien n’est clos, et le ciel couronne notre faîte :
C’est seulement l’élan qui peine à rejaillir.

Je te regarderai avec les yeux du cœur,
Les rides te vont mieux que mon lourd embonpoint,
Notre attelage va à l’amble comme il peut,
Demain est désormais plus lourd à notre épaule.

Cahin-caha, sans doute, jusqu’au prochain môle
Nous irons toi et moi en tisonnant le feu,
Sous la cendre la braise nous éclaire moins,
Mais il nous conviendra le train de sénateur.

Je ne veux pas penser au deuil qui nous attend,
Nous serons, quelque jour, Baucis sans Philémon ;
Nul Mercure, nul temple aux aquilons absents
Pour mêler en rêvant nos frondaisons chenues.

Tout n’est plus qu’énergie, matière sous les nues,
Les mythes à mon sens des secours indécents,
Nous n’avons pour abri, le temps que nous aimons
Que l’instant qui se meurt en l’azur inconstant.

février 2015

Publié dans Amour

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