Féal

Publié le par Lionel Droitecour

Gustave Caillebotte, (1848-1894), Jeune homme à la fenêtre, détail

Gustave Caillebotte, (1848-1894), Jeune homme à la fenêtre, détail

Plus rien d’autre, ce soir, aux croisées d’amertume,
Que mon cœur las et lourd, environné de brume,
Et la désillusion pour porter ma rancune,
Dont le ressouvenir, désormais, m’importune.

Je n’ai jamais rêvé qu’en de calmes lisières,
Fuyant tous les ressauts au ressac des rivières ;
Je ne voulais que vivre en parcourant le beau,
Conscient que chaque pas mène vers le tombeau.

J’ai cru quelques moments aux tendresses du ciel
Avant d’en déceler tout le superficiel
Dans la glose des gueux encombrés d’idéal.

Comme Rimbaud jadis, muse, fus ton féal
Sans attendre jamais nulle gloire posthume,
Aux relents des éthers où ma vie se consume.

novembre 2011

Publié dans Névrose

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Avisferrum 13/08/2016 14:03

Joli poème !

Un collègue de travail qui passait par là pendant que je le lisait, voyant le titre, s'est souvenu du terme féal, et même d'une expression "Muse je suis ton féal" comme quoi la poésie est parfois même où on ne l'attend pas...

J'ai du coup recherché le poème correspondant et le livre en ces lieux au lecteur intéressé ! :-)

Ma bohème

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
Mon paletot aussi devenait idéal ;
J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
Oh ! là là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

Mon unique culotte avait un large trou.
- Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande Ourse.
- Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon cœur !

Arthur Rimbaud, Cahier de Douai (1870)