Une sottie, une liesse

Publié le par Lionel Droitecour

Jan Steen (1625/26-1679) , La salle de classe, détail

Jan Steen (1625/26-1679) , La salle de classe, détail

Après l’aubade du matin,
Le cœur repus par ma détresse,
J’avance, aux frasques du destin,
Enamouré de ma paresse.

Eh quoi ! Faut-il toujours bouger,
S’agiter, bousculé sans cesse ?
Je veux en cela déroger
Au dol léger de mon abaisse.

Et puis, dans la pente du jour,
Aller tranquille − rien ne presse,
Vaquer au futile séjour
Où poème tient ma promesse.

En mon radoub pas besoin d’ancre,
Ne fais ici nulle prouesse,
Sur la page où je jette l’encre,
C’est l’air du temps que je professe.

Ingrat, peut-être, en mon étude,
Mirlitonnant, je le confesse,
À l’improviste, je prélude :
À cœur errant il n’est d’ivresse.

Et je corromps de ma faconde,
Les dieux, les prêtres, les déesses,
En toute suffisance ronde,
Bonnes consciences en leurs messes.

Certes, je ne veux d’oraison,
Certes suis à l’emporte-pièce,
Il me suffit de ma raison,
Même une question me rapièce.

Et dans le vide où nous allons,
Prenons le temps : dans sa rudesse
Il demeure parfois, selon,
Une sottie, une liesse.

janvier 2014

Publié dans Autobiographie

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