Nécrose

Publié le par Lionel Droitecour

Réplique de la Grotte Chauvet, Ardèche, France

Réplique de la Grotte Chauvet, Ardèche, France

Jadis en ce limon s’éveillait un esprit,
Au labeur de mes jours, dans l’inconscient de l’être
Il s’élevait en moi comme une flamme nette
Une âme en ce vain souffle où la parole naît.

Et, dès lors aguerri, tout ce que j’en connais
Git en ce doute abscond, aux abords de la fête ;
Je reste sur le seuil ou près d’une fenêtre
Prêt à m’enfuir, toujours, aux ailes du mépris.

J’ignore si je suis de ce monde forclos,
Plein de conquistadors à la souple violence
Qui règnent en seigneurs sur des foules muettes
En l’avilissement trempant leur vil orgueil.

Mais je ne vois partout que visages en deuil,
Dans le gémir discret des pâles silhouettes
Qui passent devant moi sans troubler mon silence,
Dans leur morbidité murant un rêve clos.

Le sourire y devient le rictus du paraître,
Le mensonge a cent dieux qui ricanent, bruyants,
Sur des écrans diserts à l’émotion factice
Où le vide nous gagne ainsi que moisissure.

Dans cette prédation chaque geste est morsure,
Nous cherchons vainement, dans le moindre interstice,
Un abri pour nos cœurs éperdus et saillants,
Caverne primordiale où suinte le salpêtre.

Dans l’impudeur, toujours, comme surexposés,
Dénudés par un pitre en la foule loquace,
Esclaves de nous même autant que du social,
Nous sommes à l’encan cousus par le profit.

Et, sans cesse brisés par un nouveau défi,
Poussés vers le déclin par le souffle du mal,
Nous abdiquons notre art et portons à la casse
Nos enfances perdues dans nos corps nécrosés.

mars 2012

Publié dans Névrose

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