Tendre complice

Publié le par Lionel Droitecour

... Ivresse passagère, à minuit, nouvel an, / Flammes, fusées pétards et futile liesse ...

... Ivresse passagère, à minuit, nouvel an, / Flammes, fusées pétards et futile liesse ...

1.
Des rires en éclats, des joutes de paroles,
Les mômes dans la rue se jouent de leur jeunesse,
Ivresse passagère, à minuit, nouvel an,
Flammes, fusées pétards et futile liesse.

C’est comme un frais bouquet de bonheur dans l’obscur,
Ils foudroient de jactance, en la renouvelant,
La vieille vie pataude perchée sur son mur,
En leurs mains l’avenir en promesses frivoles.

Comme je les envie de leur vivacité,
De l’éclatante joie que leur beauté transperce,
De l’insouciance enfin, flammèche sur leur front.

L’âge fait de la vie un perpétuel affront,
Notre bastion d’ennui que le blizzard disperse
Ruine devient un jour d’une antique cité.

2.
Et l’on contemple amer les rondes de l’enfance,
Ses ris, ses cris, ses jeux et ses fanfaronnades,
Brusques élans, soudain, d’inexplicables courses
Ébattements gouailleurs en vives algarades.

Et l’on se sent pareil à l’antique navire
Au bord de ces marées oublieuses des sources,
Dont l’épave ensablée bien doucement chavire,
À jamais dépourvue de l’ancienne jouvence.

Tout vieillard est Orphée déplorant Eurydice,
Et la Parque se rit de ses lourds pas de danse,
Dans la chambre funèbre où résonnent ses chants.

Dans la vive clarté des fugaces enfants
La nostalgie projette son exubérance,
Et sourit dans le soir comme un tendre complice.

janvier 2016

Publié dans Nostalgie

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Avisferrum 19/10/2016 12:24

Très beau poème, cher ami, comme tant d'autres...

On peut en effet être nostalgique de la fougue et de l'innocence de notre enfance, même s'il est probable que nous idéalisions cette période de notre vie, n'en gardant que le meilleur pour en oublier les tourments.

Mais au fond je ne voudrais pas "retomber en enfance", où insouciance est souvent synonyme d'inconscience...

Tout l'art de la vie consiste peut-être à acquérir la vision du Sage tout en conservant celle de l'enfant, regarder le monde avec lucidité mais toujours avec étonnement et sans nul ressentiment.

L'enfant découvre le vaste monde et désire s'y affirmer, pour cela il est souvent amener à clamer :
"Moi !"

Le Sage, quant à lui, se voit comme la Conscience inaltérée dans laquelle le monde se déploie, son "moi" en fait certes encore partie, mais il ne s'identifie plus à lui.