Dans le vide imparfait

Publié le par Lionel Droitecour

... Il n’est d’autre vertu que la parole impure / Pour trame des jetées où mène cet andain ...

... Il n’est d’autre vertu que la parole impure / Pour trame des jetées où mène cet andain ...

Des mots me sont venus que je ne veux écrire,
Le chagrin, quelquefois, est mauvais conseiller ;
Le poème est le lieu de ma sincérité,
Si je ne veux mentir il faut ici me taire.

Je n’ai d’autre sujet, ainsi, de commentaire,
Que moi-même toujours en l’humble vérité,
Je ne sais m’embellir, encor moins surveiller,
Il est juste un secret que je ne saurai dire.

Il faut faire silence et garder cet empois,
Remettre à l’inconscient cette impossible ordure,
Balayer le chevet de cette âme qui pue,
Puis travestir d’encens le temple profané.

Un soupir de dégoût de mon corps émané,
La constance tragique, en cette chair repue,
De ce que j’ai d’horreur au fiel de ma blessure,
Ce maudit oripeau m’accable de son poids.

Je vais continuer, en la sombre venelle,
Maraudeur réticent de mon calme dédain,
À tracer cette sente en ma lignée obscure,
Pareil au malandrin qui s’invente jargon.

Je n’ai nulle croyance en aucun parangon,
Il n’est d’autre vertu que la parole impure
Pour trame des jetées où mène cet andain,
Je ne suis qu’un fortuit que le doute interpelle.

Et dans l’ombre ce verbe est une moire insigne,
Les remous que j’y vois sont des couleurs absentes,
À peine le reflet d’un ciel qui se dévoie
Dans le chant des douleurs d’une sombre complainte.

Moi-même je renonce à comprendre sa feinte,
J’en festonne de vers, en ce qui fut ma voie,
Les faîtes ajourés des cimes murmurantes
Dans le vide imparfait que la mort me désigne.

décembre 2013

Publié dans Névrose

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