Paulette

Publié le par Lionel Droitecour

... Un manque entre nous, une ornière, / Jamais comblée, toujours entière ...

... Un manque entre nous, une ornière, / Jamais comblée, toujours entière ...

1.
Elle n’aimait pas ses prénoms,
Ma mère. Elle piquait un fard
Quand il fallait, serrant les dents,
Les dire à quelque fonctionnaire.

S’aimait-elle, d’ailleurs, ma mère ?
Elle voulait, c’est évident,
Autre chose que mon regard
Ou mes tendresses, pauvres dons.

Un manque entre nous, une ornière,
Jamais comblée, toujours entière,
Le mur de l’incompréhension.

Paulette Maria Augusta,
Le jour de ta crémation
Absent, et rien ne m’attrista.

2.
Pourtant je sais que tu m’aimas,
Trop, mal et maladroitement,
Pour toi-même, fleur égoïste,
Déçue que ne sois ton image.

Familles sont un attelage,
Se font un jour et, tour de piste,
Se défont au temps qui nous ment
Où meurt le tronc qui essaima.

On demeure orphelin de soi,
Construisant un vain mausolée
De verbe, de mots, de rimaille.

Et, dans le soir qui nous démaille
Chante notre âme désolée,
Comme araigne tisse sa soie.

juillet 2012

Publié dans Autobiographie

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Avisferrum 10/11/2016 18:43

Magnifique poème, cher ami, message poignant et d'une grande beauté à ta maman...

Comment un enfant peut-il en effet comprendre ce qui habite les adultes, leurs rêves, leurs espoirs, mais aussi leurs peurs, leurs souffrances et leurs névroses ?

Une telle complexité est (sauf rare exception) hors de portée pour un jeune être en devenir qui n'a pas encore - et c'est heureux - pu explorer les méandres obscurs de l'âme humaine.

Pour l'anecdote un vers me met un petit doute, il s'agit de :

"Comme araigne tisse sa soie"

Ne serait-il pas question ici de l'arachnide plutôt que du filet utilisé pour attraper de petits zoziaux ?

Dans ce cas l'é ne serait pas laid ! ;-)