Lève-toi, il est temps

Publié le par Lionel Droitecour

... Même maître toujours et toujours même proie, / Asservir est le jeu du pillard libéral ...

... Même maître toujours et toujours même proie, / Asservir est le jeu du pillard libéral ...

Il n’est pas d’épopée dans ce siècle sans but,
Rien que se propager dans une morne absence ;
N’exister, passager de sa propre habitude,
Que telle une chair creuse amputée d’idéal.

Etre une voix de plus au sein d’un chœur vénal,
Solitaire au mitan d’une ample multitude ;
Dans le fracas du jour, habillé de silence,
Se sentir peu à peu guidé vers le rebut.

Au terme du séjour, plein d’une humble terreur,
Réaliser soudain qu’il n’est rien à comprendre,
Que le vide est en nous, autour de nous, partout,
Que les dés sont pipés, qu’il n’est point de hasard.

Toute fatalité est le fruit d’un regard,
La blanche soumission fait de nous ce toutou
Qui vient lécher l’écuelle et jamais n’ose prendre,
Ce coupable cherchant ce qui fait son erreur.

Même maître toujours et toujours même proie,
Asservir est le jeu du pillard libéral,
Le croupier sans morale en sa banque s’engraisse,
Le gueux souffre : c’est bien, car ainsi l’ordre règne.

Le mercanti bourgeois, toujours à même enseigne,
Aime qu’à son échoppe une plèbe s’abaisse,
En son registre il tient, continuité du mal,
Son journal de profit en frémissant de joie.

Il n’a cessé, jouisseur, d’emplir son escarcelle,
En sa besace il prend ce qu’on refuse à mille,
Spéculant sans vergogne le prix du labeur
Il pille le travail à l’échine courbée.

Qu’une société meure, en sa glèbe embourbée,
Qu’importe, s’il s’empiffre en éternel gobeur,
Il n’est plus d’héritage et plus de codicille,
Qu’importe de souiller, la partie est trop belle !

Pour le reste, il assure, il a armé ses reitres,
Par l’argent de l’impôt façonné sa milice,
Il ne craint pas la foule et sa révolution,
Son heaume de police est hérissé de fer.

Démocrate pervers il prépare l’enfer,
À flouer le langage jusqu’à dérision,
Républicain monarque en son lit d’injustice,
Il gouverne au mensonge et régit le paraître.

L’intelligence est-elle enfuie de nos contrées ?
Dignité et vertu belles anesthésiées ?
Et l’honneur à l’encan de nos télévisions
Vendu, tel un butin saccagé sous nos pieds ?

Qu’en est-il donc enfin des peuples estropiés
Qui boitent leurs destins en plates effusions,
Avec, aux bas instincts des goules rassasiées,
L’horizon haineux des foules autocentrées ?

Faut-il, dans le malheur, chercher malheur plus grand ?
Faut-il dans la géhenne attendre la cigüe ?
Faut-il désespérer de l’humaine clarté,
Est-il encore un sens au mot de résistance ?

Le poète en ce lieu n’a jamais que sa stance,
Il reste, sur la scène, un modeste aparté,
S’il est parfois prophète en sa rumeur aigüe,
Qui l’entend, désormais, en ce déni flagrant ?

Le veneur n’est plus loin, qui prépare sa meute,
Et de son mercenaire arme et barde la main ;
La violence impatiente brandit l’étendard,
Victimes et bourreaux sont dans le face à face.

C’est par la sujétion qu’on lui laisse la place,
La veule obéissance est un pleutre hagard
Et pleurer sur son sort n’est qu’un remède vain :
Lève-toi, il est temps de conjurer l’émeute !

octobre 2013

Publié dans Citoyen

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Avisferrum 07/01/2017 12:11

Beau cri d'indignation, mon ami, sur lequel je reviendrai, bien sûr ! :-)

Puis-je te signaler avant cela que les réponses à des commentaires en ces lieux de haute poésie ne sont plus signalés par missive virtuelle (encore appelées mails) ?
Nouveau bug dans la Matrice ou involution d'ovaire-blog ? Pardon en tout cas si je n’ai pas vu du coup certaines de tes raies-ponces !

Pour revenir à la vôtre, de réponse (toi et celui qui nous fit l'honneur de t'engendrer) je la partage, of course, comment ne pourrait-on pas ?
Simplement je pense que ce n'est là que la partie émergée de l'iceberg (pas la salade) et que la vraie cause du désarroi de notre monde est ailleurs.

Comment croire qu'en donnant plus de ronds à tous le fonctionnement du monde en sera plus carré ?

La nature même de l'homme contredit cette hypothèse, l'avidité n'est pas engendrée par le manque mais le désir d'avoir toujours plus. Le miséreux d'aujourd'hui deviendra vite le tyran de demain si on lui en donne l'occasion.

De plus l'argent et le confort seuls ne rendent pas meilleur ni plus heureux, j'ai vu en Inde, par exemple, des gens qui n'avaient que très peu, mais qui était épanouis et rayonnants, alors qu'en nos contrées nous avons quasiment tout et tirons la tronche (pardon pour l'expression) la plupart du temps.

Certes, je suis entièrement d'accord que chacun doive pouvoir vivre dignement et que les richesses seraient largement suffisantes pour le permettre, il n'y a vraiment AUCUN doute à ce sujet !

Mais le problème est à mon avis bien plus complexe que ça, lié à la nature même de ce monde.

Bien sûr si on croit qu'il s'est créé tout seul, que nous sortons tous de la "soupe originelle" et que tout ce qui existe est le fruit du hasard, qu'un coup de 10.000 volts dans le derrière a fait que la bactérie vivotant dans cette soupe s'est transformée quelques millions d'années plus tard en JS Bach en train de composer des œuvres d'inspiration divine, sans parler de tout le reste, il sera difficile de se convaincre que nous sommes manipulés voire que nous avons été créés par une intelligence qui nous dépasse et nous opprime.

Et pourtant c'est le cas.

Tu auras beau imaginer des sociétés idéales, où chacun aura tout ce dont il a besoin, où il n'y aura ni autorité, ni répression, ni conditionnement religieux ou autre, une utopie absolue dans un cadre enchanteur, ça marchera un temps, bien sûr, mais au bout de quelques générations ce sera de nouveau la m... car ce monde n'est absolument pas prévu pour qu'on y vagisse sous les palmiers, tout ce qui s'y épanouit doit dégénérer, car il a été programmé pour ça.

Alors que faire ? Baisser les bras ? Certes pas, mon ami, bien au contraire, voir l'illusion est déjà s'en libérer, et si assez d'âmes s'en libèrent un basculement s'opérera, et ce monde disparaîtra, laissant la place à... autre chose.

Avisferrum 04/01/2017 17:15

Puissant poème, cher ami, dont je partage bien sûr le message, même si je crois que le problème de l'humanité est bien plus profond que la domination des masses par quelques individus pervers et malades...

Plus j'avance en ce monde plus j'en arrive à la conclusion qu'il n'a jamais été autre chose qu'un leurre, une prison dans laquelle on nous maintient, nous faisant croire en un progrès alors que nous ne sommes que du bétail qu'on manipule selon les besoins...

Quelque chose en ce monde ne tourne pas rond...

Lionel Droitecour 06/01/2017 02:20

Mon vieux père t'aurais sans doute répondu : " ce qui ne tourne pas rond, c'est qu'on n'en gagne pas assez, de ronds ! " Et si prison il y a, nous nous y maintenons nous mêmes !
Le progrès, les richesses sont réels, mais ils sont sans cesse captés par la même caste d'hardis preneurs dont la perversité réside en un désir maladif d'accaparement et d'injustice. Le privilège n'est pas mort, mon ami, plus que jamais, la lutte est nécessaire.
Il n'y a pas d'autre sens à ce poème qui s’enrage contre l'impuissance de ceux qui pensent que tout est perdu d'avance... !
OUI, CERTES, SI NOUS BAISSONS LES BRAS !!!