Parloir de la mort

Publié le par Lionel Droitecour

... Allez dire la poésie / Cette vérité révélée, / Addiction à la liberté ! ...

... Allez dire la poésie / Cette vérité révélée, / Addiction à la liberté ! ...

Il faut lire la poésie.

La respirer, la parler, la déclamer
Tout le temps, par tous les temps,

De toute urgence !

Pour ne pas oublier qu’elle est là,
Si douce, si proche, accessible,
Offerte à nos mémoires,

Première en chacune fibre,
En chaque lice.

Là où le mot communicant,
De ses veules accents
Accapare le sens
En ses vaines instances

Jusqu’à en perdre la cadence
Aux joutes de l’insignifiance.

Il faut dire la poésie
Pour restaurer ce bien public,

Le suc et la saveur des fruits
La pure émotion de l’enfance,
Son innocence ;

Et surtout sa ressouvenance,
Au seuil perclus de la vieillesse.

Les machines partout
Se grisent de phonèmes,
Sonorités énumérées de chaque chair,

Denrées de la modernité.

Pour se défendre il faut jouer,
De la muse, multiplier
Le pataquès, le calembours,
L’homophonie, le double sens,

Arme du gueux contre le fort,
Prince du verbe encalminé
Dans sa perfection de curée.

Allez dire la poésie

Cette vérité révélée,
Rempart contre tous les mensonges,

Addiction à la liberté !

Donner, donner, donner encore,
En ce monde où il faut payer !

Gratuit, comme au ciel un sourire
Comme en la peine une espérance
Comme en la joie un pas de danse,

Il faut lire la poésie,
Toujours, tout le temps, partout et en tous les endroits ;

Transmettre, désespérément,
Incoerciblement, inaltérablement
Puis sans fin sous le firmament,

Par la poésie, la beauté

Son frémissement,
Sa douceur de vivre,
Le refus des prisons,
Le rappel des chansons.

Et l’âme enfin notre demeure,
Qui par elle jamais ne meurt,

Dont ce monde de borborygmes,
Veut faire une dénégation,

Au sein des modernes donjons ;

Sans ode, sans sonnet, sans élégie,
Sans prosodie, palinodie ni mélodie,
Sans rime, sans jeux holorime
Périphrase ni métaphore,

Sémaphore sans oxymore,
Lors, désormais, sans nul remords :

L’ignoble parloir de la mort.

février 2016

Publié dans Citoyen

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