Sur la houle bruissante

Publié le par Lionel Droitecour

... Voilure échevelée sur la houle bruissante / Où me suis décousu, même de l’innocence ...

... Voilure échevelée sur la houle bruissante / Où me suis décousu, même de l’innocence ...

J’étais cet être, ainsi, dans mes vagissements,
Au premiers temps du moi, ego en devenir,
Jusqu’à mon dernier souffle aussi, je le serai,
Pour autant que je tienne à ce corps en naufra
ge.

Ainsi « je suis » n’est-il qu’un verbe de passage,
Une didascalie dont je me déferai,
À la fin de la scène en l’onde à survenir,
Dans l’inutile écho de mes agissemen
ts.

Il ne restera rien de ma vaine présence
En ce lieu habité de ma tourbe impuissante,
Et ce mot que j’écris saignera dans le ven
t.

Je me suis essoré au doute décevant,
Voilure échevelée sur la houle bruissante
Où me suis décousu, même de l’innocenc
e.

décembre 2012

Publié dans Autobiographie

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Avisferrum 03/12/2016 11:11

J'aime beaucoup le passage :

"Ainsi « je suis » n’est-il qu’un verbe de passage,
Une didascalie dont je me déferai,
À la fin de la scène en l’onde à survenir,
Dans l’inutile écho de mes agissements."

Il m'a permis entre autres de découvrir le terme "didascalie" :
1. Instructions données par un auteur dramatique aux acteurs sur la manière d'interpréter leur rôle :
Selon le dictionnaire, la didascalie est une instruction que l'auteur dramatique faisait aux acteurs sur la manière de jouer sa pièce. Il a dû y avoir de retentissantes attrapades entre Euripide et ses interprètes. Green, Journal,Le Bel aujourd'hui, 1955-58, p. 75.
2. P. ext. ,,Documents grecs sur les pièces jouées, l'époque de leur représentation, etc.`` (Ac. 1932).
B.− ANTIQ. ROM. ,,Courte notice placée en tête des pièces de théâtre`` (Ac. 1932)

Je pense aussi que le "je suis" est une onde passagère, une personnalité fictive forgée par notre éducation, notre vécu, nos conditionnements et bien d'autres choses...
Pourtant nous nous accrochons à cette fiction, car nous ne connaissons pour la plupart rien d'autre.

Est-il d'ailleurs possible de connaitre autre chose, qui ne serait pas liée à ce "je" transitoire, qui serait totalement en dehors de tout ça ?

L'instructeur spirituel indien Krishnamurti pensait que oui, mais qu'on ne peut y accéder que par la négative, c'est à dire en éliminant tout ce qui n'est pas libre en nous, ce qui restera sera la Vérité, l'Intouché.

Wikipédia le défini ainsi :
"La pensée de Krishnamurti est, selon lui, résumée dans son texte de 1980 « Le cœur des enseignements ». Il se fonde sur sa citation de 1929, selon laquelle « La Vérité est un pays sans chemins ». L'acquisition de cette « vérité » (qu'il appelait aussi « l'art de voir ») ne peut, selon lui, se faire au travers d'aucune organisation, aucun credo, aucun dogme, prêtre ou rituel, ni aucune philosophie ou technique psychologique. Elle serait mieux connue par le miroir des relations et l'observation du contenu de son propre esprit. Les images, les symboles, les idées, les croyances seraient tous des obstacles et la cause des difficultés humaines. La perception de la vie serait conditionnée par les concepts enracinés dans l'esprit. L'individu ne serait ainsi que le produit superficiel d'une culture. À partir de ce constat, une liberté peut être entrevue dans l'observation attentive de son propre manque de liberté. La connaissance du mouvement de ses propres pensées révèle l'esclavage au passé, la division entre le penseur et sa propre pensée, l'observateur et l'objet d'observation, l'expérimentateur et son expérience. Quand cette division se résorbe, l'observation « pure », libérée du temps et des conditionnements provoquerait une mutation radicale de l'esprit."

PS : ta présence est tout sauf vaine ! :-)