Implorant la matière

Publié le par Lionel Droitecour

Sigurd Swane (1879-1973), Portrait d'Andreas, détail

Sigurd Swane (1879-1973), Portrait d'Andreas, détail

Le petit enfant geint, capricieusement râle,
Son cri emplit l’espace et creuse la pensée,
Ornière en la fatigue où nos âmes se ploient,
Vers la fin de journée, en houles délétères.

Corps, vaguement troussés en de mornes patères,
Les personnalités gisent et se déploient
Dans l’immobilité d’une onde cadencée,
Au rythme des boggies, en sa rigueur létale.

Quotidien métallique en nos chemins de fer,
Qui mènent le transit où se meut la besogne,
Depuis la chair écrue de l’humble domicile
Au silence apaisé de nos renoncements.

Comme un prix à payer pour nos émoluments,
Il faut taire, de soi, l’intime codicille,
Pour vaquer sans espoir où la vague nous cogne,
Débris, tel en l'estran d'un impossible enfer.

Il est plus de réel, en la futile plainte,
Au courroux furibond où l’enfant s’exaspère
Que dans l’obéissance obséquieuse des jours
Où s’enferrent nos vies dépouillées d’un projet.

Peu à peu l’on s'abdique, on n’est plus qu’un sujet,
Consommateur inquiet de son propre discours,
Envieux de l’enfance implorant la matière,
En son gémissement qui espère une étreinte.

décembre 2014

 

Publié dans Citoyen

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Evy 24/01/2017 14:35

Beau poème bonne journée au plaisir Evy

Avisferrum 24/01/2017 12:17

Magnifique poème, qui nous met sur de bons rails pour commencer la journée !

"Quotidien métallique en nos chemins de fer,
Qui mènent le transit où se meut la besogne,
Depuis la chair écrue de l’humble domicile
Au silence apaisé de nos renoncements."

En tout cas je ne suis pas près de renoncer à ta poésie ! :-)