Myriades

Publié le par Lionel Droitecour

... L’oubli de cette inaccessible perfection / Où git l’aube inédite et l’homme en réflexion ...

... L’oubli de cette inaccessible perfection / Où git l’aube inédite et l’homme en réflexion ...

Petit gamin, déjà, je pensais à la mort.
Est-ce bien naturel en l’âge tendre, encor ?
Couché contre ma mère, étendue près de moi,
Je me disais « maman, surtout, réveille-toi ! »

Et de m’imaginer ce que serai ce vide
En ma vie dévastée, avec un cœur lucide.
D’où me venait, alors, cette étrange prescience,
Et cet affolement de toute ma conscience ?

Il est depuis passé, ce deuil insurmontable,
Ironique, le sort m’a exclu de la table
Et dans le jour éteint de la crémation
J’étais absent du seuil de la déréliction.

L’âge avance et notre âme, ainsi, se raccourcit,
Elle se racornit et le chagrin, forcit,
Ne trouve qu’en l’œil sec une sublimation,
La Parque près de nous désormais en faction.

L’enfance en son parfait élan a tout compris,
Elle sait la distance et elle sait le prix,
Pas de triche en son cœur débordant d’idéal,
Elle décille, au loin, la lisière du mal.

Fragile et si puissante en sa brève illusion
Elle est l’entier, l’ego en l’intime fusion,
L’enfant n’est pas divers, il est un, unanime,
Monade exaspérée où le désir s’imprime.

Et l’être en devenir en cette parturience
N’y peut survivre, un peu, que par la déchéance,
L’oubli de cette inaccessible perfection
Où git l’aube inédite et l’homme en réflexion.

Ainsi l’on se prolonge autant qu’on se disperse,
L’âme à jamais brisée, telle outre mise en perce,
Fuyant de tout l’excès de nos ressentiments
Pareil au fugato des amples firmaments.

La mort qui nous attend est ce qui nous rassemble,
Là, dans cet absolu que le corps désassemble,
Disséminé bientôt aux champs des particules,
Matière ensemencée, myriades, corpuscules.

février 2015

Publié dans Résilience

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Avisferrum 24/01/2017 12:08

"Et de m’imaginer ce que serai ce vide
En ma vie dévastée, avec un cœur lucide.
D’où me venait, alors, cette étrange prescience,
Et cet affolement de toute ma conscience ?"

Je nourrissais les mêmes angoisses en pensant à ma grand-mère, qui me fit au fond office de maman, et ce jusqu'à un âge quand même assez avancé, tant que je vivais avec elle...

Mais là aussi "Il est depuis passé, ce deuil insurmontable" et je me suis aperçu une fois de plus que tout ce qui nous semble indispensable et irremplaçable n'est qu'une illusion de plus, une création de notre mental...

Très beau poème, en tout cas, merci !