Rite d’imposture

Publié le par Lionel Droitecour

 "...Prier piteusement, sans générosité, Attendre, sous la peau, ce qui, demain, va rompre...

"...Prier piteusement, sans générosité, Attendre, sous la peau, ce qui, demain, va rompre...

Se lever, se laver, se vêtir et partir,
Au rythme obtus et lent d’un rite quotidien ;
Inscrire dans sa chair, comme dans sa pensée,
La migrante battue qui nous pousse au dehors.

Rejoindre, aux multitudes sans cesse attablées
Un chant toujours nouveau dans sa nécessité,
Cantine du jour mort où nous devons paraître,
Personnage gonflé de sa propre imposture.

Parader sans plaisir au mutisme du monde,
Parole interjetée pour masquer le non-dit
Dans un babil volage, empreinte, paravent,
Aux sottes parentés de cette onde imbécile.

Victorieux d’un songe, vivant simulacre,
Monnayer sa détresse au fil du temps qui passe,
Comme le funambule, malade du vide,
Contemple dans la nue son impossible absence.

Puis tracer sur son cœur un désir d’absolu,
Apeuré, nu et blême en le soir qui s’éteint ;
Prier piteusement, sans générosité,
Attendre, sous la peau, ce qui, demain, va rompre.

En l’amertume, enfin, jeter ce vert dessein
Ce tourment de nos corps qui ne nous apprend rien ;
Sentir, en nous, flétrir ce qui nous transportait,
Tiédir en vain la flamme au foyer des amours.

Ne rien avoir appris du ciel en l’imposture,
Dans cet affreux voyage hanté par la vieillesse ;
Faire bonne figure, y importer son rire
Qui souvent sonne faux, tant veule qu’indécent.

Enfin, dans l’ambitus habillé de silence
Bruire inlassablement pour conjurer le sort ;
Féodale patience, borne en l’horizon
Telle du point du jour le douloureux prémisse.

octobre 2006

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Avisferrum 24/02/2017 14:58

"Se lever, se laver, se vêtir et partir,
Au rythme obtus et lent d’un rite quotidien ;
Inscrire dans sa chair, comme dans sa pensée,
La migrante battue qui nous pousse au dehors.

Rejoindre, aux multitudes sans cesse attablées
Un chant toujours nouveau dans sa nécessité,
Cantine du jour mort où nous devons paraître,
Personnage gonflé de sa propre imposture."

Merveilleux poème et belle synchronicité, ce 21 février 2017 fut en effet le dernier jour où j'ai donné de ma personne pour ce qu'il est coutume de nommer "le boulot" !

Ceci ne mettra pas fin au simulacre, bien évidemment, c'est toute notre existence qui est ce "rite d'imposture".

Je le dis sans nulle aigreur ni même tristesse, voir l'imposture est déjà s'en libérer en partie et permet de passer - en de trop rares fois - du rôle d'acteur inconscient à celui de témoin attentif et serein de la comédie de nos vies.