Yorik

Publié le par Lionel Droitecour

Frans Hals (vers 1580-1666) Jeune homme tenant un crâne, détail

Frans Hals (vers 1580-1666) Jeune homme tenant un crâne, détail

J’ai été ce néant habité d’imposture,
Ce rêve de grandeur aux postures ineptes,
Et ce désir ardent, proclamé sous la nue,
Pour vaincre de l’ennui les consoles vulgaires.

Puis je me suis mêlé aux espèces grégaires,
Cachant mon désespoir après la nuit venue,
Le paraître pour seuil, le verbe pour concept,
Et l’orgueil insolent pour misérable armure.

Mais le deuil a remis cette pendule à l’heure.
L’effroi qui me gouverne, au rire de camarde,
Ignorant ma jactance étreint mon cœur malsain,
Et les dés sont jetés, dans les ombres du soir.

Allons vieux compagnon, la course est dérisoire !
L’horizon, à jamais, sera toujours trop loin,
Le songe qui nous tient et nous fouille et nous carde
N’est que le masque hideux de ce proche malheur !

Disparaitre, se fondre en l’eternel oubli,
Rendre cette matière aux stellaires issues,
Et ne vendre au néant que des colifichets,
De la verroterie pour amuser les sots.

Dans l’onde qui nous porte, en l’espoir des ressauts,
Agiter vaguement de minables hochets,
Marottes de bouffons aux stases imperçues,
Des hardes de Yorik, un instant, anobli.

Lionel, 28 janvier 2012

Publié dans Citoyen

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Avisferrum 24/02/2017 15:01

"Allons vieux compagnon, la course est dérisoire !
L’horizon, à jamais, sera toujours trop loin"

Magnifiquement dit, cher ami ! :-)