Décillement

Publié le par Lionel Droitecour

... Prurit en cette peau que je navre en ma veille, / Et qui trouve en l’instant comme un décillement ...

... Prurit en cette peau que je navre en ma veille, / Et qui trouve en l’instant comme un décillement ...

Seul en l’après-midi, devant l’ordinateur,
Je cherche à ma pensée un ductile paraphe ;
Ici passe un essor, où la muse peut être,
Qu’en sais-je moi qui tord mes doigts sur le clavier ?

Ma main, depuis longtemps ne froisse le papier
La machine binaire est là pour s’entremettre
Entre là pure idée et l’encre de ce graphe,
Entre l’émotion crue et son révélateur.

Qu’importe, en vérité cet humble truchement,
C’est dans l’inexprimé que geint cette douleur ;
En la parant de mots on en fait une idole,
Un totem dérisoire où nulle âme ne vient.

Je ne sais rien du sens où le verbe survient,
C’est mystère absolu que cette étrange obole,
En l’antique pressoir j’en suis le vain fouleur,
Quand, de cette ambroisie, je m’abreuve un moment.

J’y épuise sans cesse, ainsi les Danaïdes,
L’effort recommencé de ma hâte servile,
Pareil à celui là, parodiant Sisyphe
Qui roule son malheur vers l’impossible aplomb.

Si légère ma plume, et parfois telle plomb,
Parole dans l’idée semblable au hiéroglyphe,
 Secondes dépensées en cette extase vile,
Marâtre dont je suis du nombre des séides.

Et dans l’informulé, dans l’ombre où je me grise,
Il me reste un désir, une mince avanie,
Prurit en cette peau que je navre en ma veille,
Et qui trouve en l’instant comme un décillement.

C’est là le lieu offert à mon vacillement,
Dans cet inéquilibre où ma voix s’émerveille
Et trace, dans l’impur, une théophanie,
Poèmes en verseaux dont ma langue est éprise.

avril 2015

Publié dans Art poétique

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