Ecorché vif

Publié le par Lionel Droitecour

Johannes de Ketham (vers 1415-1470), L'homme zodiaque, détail

Johannes de Ketham (vers 1415-1470), L'homme zodiaque, détail

Dans ma galerie de portraits,
Où sont ancêtres alignés,
Dont je ne connais guère traits,
Une place m’est assignée.

Quelque jour y mettrai ma trogne,
Quand camarde d’un coup de dés,
Vieille émondeuse qui nous rogne,
Aura pris mon cœur excédé.

En ma cimaise, placardée,
Ma toile sera de carogne
Et de ma panse débordée,
L’artiste aura bonne besogne.

Je serai lors ce vil pendu
Comme un Villon sur son gibet ;
A la postérité vendu,
Ma bouche mûre aux quolibets.

Abandonnant toute vergogne,
Poète, enfin, puisque crevé,
Il se pourrait que je vous lorgne,
Avec mépris, d’un œil cavé.

Frères humains, qui me lirez,
Concevez-en quelque dépit,
Au pinacle où vous m’élirez
Seront germés tous nos épis.

Et, dans la morne solitude
Où l’éternité nous convie,
Où l’abîme enfin nous élude
L’espoir périt, comme la vie.

Notre danse est danse macabre
Morts et vifs y sont assemblés,
Et quand même l’esprit se cabre
Serons fauchés comme les blés.

mai 2011

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