En l’oubli parvenu

Publié le par Lionel Droitecour

Calendrier Maya

Calendrier Maya

C’est pour tromper la mort que l’on compte les heures,
Le temps n’est qu’un désir au champ de la conscience,
Le retour de la faim, le retour de la nuit,
Les lunes, les saisons, imposent un refrain.

Par le calendrier on se fabrique un frein,
Demain devient possible et l’avenir reluit,
Par l’équation le doute enfin devient prescience,
Et l’on peut se duper, lors, de nos propres leurres.

Ainsi l’humain est lieu des représentations,
Enchaîné à son mythe et couvert de ses dieux,
Il affute soudain son esprit dans la brume
Et part à l’aventure en l’océan nouveau.

Inventorier le monde au bruit de son cerveau,
D’un minerai produire, au sol où on l’exhume,
La promesse adulée d’un autre jour radieux,
Puis dessiner la carte où naissent les nations ;

Tout cela fut, hier, le chemin de l’histoire.
L’imbécile jacasse et répète « je sais ! »
Il fait de son savoir digue à l’intelligence,
Potentat sclérosé qui fige le réel.

Tout n’est que mouvement sous la voûte du ciel
Du flux qui nous emporte il naît en nous l’urgence,
Le carillon jaloux sanctionne nos essais,
Et l’on est plus qu’un songe, amer, à l’écritoire.

Je n’ai rien su comprendre et mon doute est profond,
Je n’ai pour seule étoile, enfin, qu’une espérance,
Celle de me dissoudre au chevet de la nuit,
Fumée dans les éthers, infime particule.

Ne surtout point renaître où le remord spécule,
Disparaitre à jamais des travées de l’ennui,
Matériau dispersé sans nulle autre semblance
Que celle de l’absence en l’abime sans fond.

Je ne veux plus durer, prisonnier des secondes,
Sous le chant mécanique, aux rouages latents,
D’une montre arrêtée que mon ego fustige,
Reitre obligé du seuil brisé de l’éphémère.

Je ne veux, qu’au parcours inquiet de la lumière,
La transcendance aigüe qu’un jet jamais ne fige,
Ricochets, au néant, d’impossibles instants,
Où l’incréé diffus dispose ses facondes.

Devant l’infinité des univers multiples,
Au chant des dimensions échappant à nos sens,
N’être plus rien d’offert au sein de la matière,
Juste l’interaction déployant le possible.

Là, dans l’éclat joyeux des stances du fissible
La conscience peut-être ose l’onde adultère,
Et reste en la clarté d’une éternelle essence
La trace évaporée que furent nos périples.

Tant de complexité infuse sous ma peau,
Tant de distance au cœur de ce corps en péril,
Suis-je une galaxie ou l’amas solitaire ?
Il est en moi ce flux qui gouverne l’espace.

D’un pareil assemblage, en la forme fugace,
Je suis l’identité dans l’espèce grégaire,
Et si rien ne se perd dans le mortel exil,
Où demeure la hampe, où flotte ce drapeau ?

Je ne vois nulle angoisse aux portes du mystère,
Toute mon ignorance, en soi vive et sereine,
Me porte à ne rien craindre, au seuil de la souffrance,
De l’ultime argutie où feinte la camarde.

Qu’importe ce démon où la terreur se farde,
La pompe funéraire en sa sombre apparence,
Je foulerai sans peur la sente souveraine,
En l’oubli parvenu, dans ma livrée austère.

octobre 2013

Publié dans Le temps

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