Brandons

Publié le par Lionel Droitecour

... Puisque mortels, enfin, attisons le brasier / Brandons, pour un instant, où brûle le poussier ...

... Puisque mortels, enfin, attisons le brasier / Brandons, pour un instant, où brûle le poussier ...

Il bruit en moi, le temps, sa livrée de lumière,
Je suis cet oripeau sanglant qui s’exaspère
Et bat, de sa mesure, en la course des heures
Cette étrange musique où passent nos demeures.

Car toute mélodie s’inscrit au firmament,
Chaque note jouée est un linéament,
Une trame nouée aux marches d’infini,
Immatériel feston, hâve en l’indéfini.

Le monde en ses échos est une symphonie,
Peuplé d’accords parfaits, d’une cacophonie,

Équinoxe, marée où sombrent maints sanglots
Polyphonie de chants, de rêves et de mots.

L’artiste, en composant, en extrait sa pratique,
Percevant au chaos, de sa propre métrique,
La trace singulière, dans le secret d’une onde
Où son âme s’épanche en la houle profonde.

L’œuvre en cela devient une révélation,
Comme la mise au jour, en une excavation
D’une gloire rupestre endormie dans la tourbe,
Face à laquelle, ému, un front, soudain, se courbe.

Et voici, à nouveau, résonnant en l’espace,
La virtuelle espérance aux sentes de la grâce,
Et, donné comme un songe, un lieu incoercible
Où l’humain, transporté, imagine un possible.

Il est en notre arcane cette aspiration,
Nous l’appelons parfois muse, l’inspiration,
Fille de la mémoire elle est notre matière,

Éphémère fruit de notre propre lisière.

Au banquet de Chronos, dont le vin nous enivre,
Nous n’avons pour régal que le bonheur de vivre ;
Puisque mortels, enfin, attisons le brasier
Brandons, pour un instant, où brûle le poussier.

août 2015

 

Publié dans Le temps

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