Fleuve

Publié le par Lionel Droitecour

Le cours du Rhin, vue depuis le rocher de la Loreley

Le cours du Rhin, vue depuis le rocher de la Loreley

Phonèmes, cris, graphes, signaux,
Traces aux cieux toujours nouveaux,
Mon âme cisèle au couteau
Ce verbe où sont mes oripeaux.

Né d’un murmure et d’un écho,
Jadis, aux temps immémoriaux,
Ma langue est un fleuve de mots
Où coulent mes petites eaux.

Il prend aux pentes leurs ruisseaux,
Torrents, naguère, en leurs ressauts,
Puis se drape dans les roseaux,
Assagit, aux longs des coteaux.

Goutte à goutte gens et travaux
Donnent aux plaines leurs dépôts,
Toujours mouvant, sans nul repos,
Il baigne forts, humbles et sots.

Ricanante, sur ses tréteaux,
À la camarde et à sa faux
Il nous apportera, égaux,
Dépouillant l’homme de ses maux.

Et, délavant ce triste ego
Tout décharné en nos caveaux
Longtemps dessus nos pauvres os
Il coulera sur nos tombeaux.

Là désormais, cavés, sans peaux,
Sans langues, lèvres, ni cerveaux
Nous serons en lui ce propos
À l’œuvre en ce fleuve de mots.

septembre 2008

Publié dans Art poétique

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